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(Postdam 31/8/1821- Berlin-Charlottenburg 8/9/1894)

Physicien, physiologiste, médecin, mathématicien et musicologue, ce savant allemand est l’une des dernières incarnations du « savant universel ». Sa Théorie physiologique de la musique fondée sur l’étude des sensations auditives venait juste de paraître en français (traduit de l’allemand par M.G. Guéroult, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, 544 p., Masson 1868) quand (VI, 4) emprunta à sa page 306, en tant que le troisième comparé d’un 3e quadruplet de « beau comme », la vérité qui suit :

« Le système des gammes, des modes et de leur enchaînement harmonique ne repose pas des lois naturelles invariables, mais il est, au contraire, la conséquence de principes esthétiques qui ont varié avec le développement progressif de l’humanité, et qui varieront encore ».

Seule citation entre guillemets des Chants de Maldoror, l’emprunt ne fut rendu à son auteur que fin 1990 par l’universitaire Henri Béhar, lequel, juré, l’avait relevé, dûment référencé, à la page 36 d’une thèse soutenue en juin 1990 à la Sorbonne nouvelle par Miss Jane Sally Norman, Mise en scène du corps : vers une nouvelle plastique scénique. La phrase citée est mise en évidence par Helmholtz lui-même, qui l’a mise en italiques. Elle se trouve tout au début de la troisième partie du livre, AFFINITÉS DES SONS – GAMMES ET TONALITÉS, au chapitre XIII intitulé Aperçu historique des différents principes qui ont présidé à la formation des différents styles dans le développement de la musique.

Cette lecture de Ducasse est sans doute née de son goût du piano, mais la citation elle-même, soulignée par Helmholtz, peut avoir figuré dans une revue critique. Les travaux de Helmholtz établirent si bien son autorité dans le monde laborieux des facteurs de pianos que c’est à lui que William Steinway fit plus tard appel pour imaginer le dispositif qui devait permettre de faire vibrer les cordes de l’instrument dans leur partie médiane, particularité sonore enrichissante qui fut au départ de l’explosion de la marque Steinway sur le marché mondial. Cette implication de la partie médiane fait irrésistiblement penser (bien qu’ici l’analogie soit de surface) à l’insertion d’un élément médian, la grille, au centre de la lampe électronique – ce dispositif triodal est de 1907 – et par suite inévitablement à l’invention centrale de Lautréamont, laquelle consista à impliquer médianement une faculté de modulation sémantique ayant son point d’attaque au niveau de la grille de lecture, entendez du lecteur attenant (ni lecteur sans grille, ni grille sans lecteur !), lecteur du coup promu inopinément et anticonstitutionnellement (car le lecteur n’apparaît guère dans le reste du siècle que comme un investisseur économique, vulgaire machine à sous) à la dignité de centre névralgique et sémantifère de la diabolique machine à remonter le sens ! La citation de Helmholtz apparaît ainsi rétrospectivement (à mes yeux, du moins) comme un subtil clin d’œil du côté du père de la triode Lee de Forest à naître en 1873. C’est toujours en regardant droit devant, le regard fiché au centre radieux, impérialiste et chevelu de la cible des progrès à venir qu’il faut lire Isidore Ducasse. – Physicien, Helmholtz avait consacré son premier essai important au principe de conservation de l’énergie, auquel il donna une formule plus rigoureuse que celle de son inventeur Mayer ; plus tard il généralisa la théorie électromagnétique de Maxwell et eut, au cours de ses études des phénomènes d’électrolyse, l’une des premières intuitions de la théorie des quanta. (Parmi ses erreurs : il crut démontrer que le Soleil tire son énergie de sa propre contraction, et n’est vieux que de cent mille ans ; il versait là sa quote-part à l’illusion paupériste du siècle que par ailleurs il coopéra si activement à détruire : la sous-estimation, tant qualitative que quantitative, de la miraculeuse mine d’or des inconnues de l’univers physique – illusion cousine, via Berthelot, des convictions à court rayon d’un Homais.) Mathématicien, Helmholtz proposa (juste à la période qui nous intéresse, 1868-70 : nouveau frisson!) une axiomatisation de la géométrie à n dimensions fondée sur les notions de groupe et de mouvement, inversant ainsi le point de vue riemannien au bénéfice d’une vision plus physicienne : « Partant du fait observé selon lequel le mouvement de figures rigides est possible dans notre espace avec le degré de liberté que nous connaissons, je (écrit Helmholtz) déduis la nécessité de l’expression algébrique prise comme axiome par Riemann. » Au yeux de Sophus Lie, qui prolongea ces études, le choix de Helmholtz avait surtout le mérite de faire l’économie des notions d’élément d’arc et d’intégration supposées par Riemann.

La Théorie physiologique de la musique de Helmholtz et son Optique physiologique ont été rééditées en 1995 à la librairie Jacques Gabay.

http://www.gabay.com/sources/Liste_Fiche.asp?CV=77

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