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DC 3. Poème en deux chants de Byron (1814). Ces 54 strophes de longueur inégale font suite au *Corsaire dont le héros, le chef pirate Conrad, reparaît ici sous un nom d’emprunt. Inspiré de L’Italien d’Ann *Radcliffe, Lara est le type du héros fatal :

In him inexplicably mix’d appear’d
Much to be loved and hated, sought and fear’d;
Opinion varying o’er his hidden lot,
In praise or railing ne’er his name forgot.
His silence form’d a theme for others’ prate –
They guess’d, they gazed, they fain would know his fate.
What had he been ? what was he, thus not known,
Who walk’d their, world, his lineage only known
A hater of his kind ? yet some would say,
With them he could seem guy amidst the gay ;
But own’d that smile, if oft observed and near,
Waned in its mirth, and wither’d to a sneer ;
That smile might reach his lip, but pass’d not by,
None e’er could trace its laughter to his eye :
Yet there was softness too in his regard,
At times, a heart as not by nature hearth,
But once perceived, his spirit seem’d to chide
Such weakness, as unworthy of its pride,
And steel’d itself, as scorning to redeem
One doubt from others’ half withheld esteem ;
In self-inflicted peanance of a breast
Which tenderness might once have wrung from rest ;
In vigilance of grief that would compel
The soul to hate for having loved too well.
(I, XVII)

[En lui semblaient inexplicablement mêlés l’aimable et le détestable, le charmant et l’odieux ; sur son passé, les opinions variaient ; ni les éloges ni les plaintes n’épargnaient son nom ; son silence était le fonds des jaseries – qui, réduites à deviner, supputaient, divaguaient. Qu’avait-il été? Qu’était-il, cet inconnu errant dans leur monde, et dont on ne savait rien hormis le haut lignage? – Un ennemi du genre humain ? aurait encore dit quelqu’un. En société il ne semblait qu’un homme gai parmi les autres ; mais, à l’observer de près, on voyait souvent se défaire et finir en sarcasme un sourire qui, monté jusqu’à sa lèvre, ne l’avait point franchie; dans ses yeux, jamais rien de joyeux. Si, parfois, il arrivait que son regard s’adoucît, trace d’un cœur que la nature n’avait point fait dur, vite son esprit semblait chasser une faiblesse indigne de son orgueil ; même, il semblait dédaigner de corriger tout soupçon de fausseté dans l’appréciation qu’on faisait de lui ; comme s’il s’infligeait une punition en souvenir d’un sein dont la tendresse eût, une fois, tranché sur le reste ; comme s’il anticipait le chagrin qui eût obligé son âme à haïr pour avoir trop aimé.]

À la fin de ses Recollections of the Lakes and the Lake Poets[1], Thomas de Quincey a relevé que Lara est un « plagiat grossier » d’un conte, « absolument splendide » de Miss Harriett Lee, German’s Tale. Par après (1822), Byron a – ajoute Quincey – « entremêlé aux dialogues d’une médiocre pièce de théâtre [Werner or The Inheritance: a tragedy], les termes, pratiquement inchangés et d’aucune manière améliorés, de toutes les conversations originales de ce conte inimitable ». Dans la préface de Werner, Byron rend du reste acte de tout ce qu’il doit à ce conte :

Le drame que je donne ici est entièrement tiré du « Conte de l’Allemand » [German’s Tale, Kruitzner], publié voici bien des années dans les Lee’s Canterbury Tales. Cet ouvrage est dû, je crois, à deux sœurs dont l’une n’a donné que deux histoires – celle-ci et une seconde – tenues l’une et l’autre pour supérieures au reste du recueil. En maints endroits, j’ai adopté les personnages, le plan et même le langage de cette histoire. J’ai modifié ou altéré quelques figures, changé quelques noms et ajouté un personnage (Ida de Stralenheim ; mais, pour le reste, j’ai suivi de près l’original. J’avais lu pour la première fois ce conte quand j’étais jeune (vers quatorze ans, je pense), et il m’avait fait une impression profonde ; on peut même dire en vérité qu’il contient le germe de la plus grande partie de ce que j’ai écrit depuis.

On peut difficilement dire mieux : saluons Harriett Lee, grand-mère du byronisme (cherchez la femme). Je signale cette querelle comme un exemple du type de « plagiats » dont Byron fut accusé. Plagiaire scrupuleux, Ducasse n’a pu manquer de prêter attention aux procédures de son premier et illustrissime modèle en poésie (GTM 17).


 

[1] Traduits sous le titre Portraits littéraires, Corti 1998.

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