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Bruxelles 1834 – Paris 1903.

D’origine belge, ce « petit homme à favoris roux » est en 1869, assure *Flaubert, l’un des trois éditeurs  » qui comptent  » (avec Conart et Lemerre). Il avait composé en 1854 un mémoire De l’influence de Shakespeare sur le théâtre français jusqu’à nos jours et avait en 1861 fondé avec *Verboekhoven la Librairie internationale, spécialisée dans l’édition et la diffusion en Belgique de livres censurés en France. Quand Isidore Ducasse arrive à Paris, Lacroix vient de publier son grand Paris-Guide (1867, 2140 pages) présenté par Victor *Hugo. C’est aussi l’éditeur de Michelet, Quinet, Taine, Zola… Dans sa librairie (15 boulevard Montmartre), non loin de l’Hôtel A l’Union des Nations (23 rue du Faubourg-Montmartre) où vint loger Ducasse, celui-ci remarqua le buste de Hugo, dont Lacroix avait déjà publié Les Misérables, William Shakespeare, Les Travailleurs de la mer, Les Chansons des rues et des bois, bientôt L’homme qui rit. Ducasse décide alors de lui proposer l’impression du début des Chants de Maldoror. La diffusion du premier chant, imprimé dès le mois d’août chez *Balitout, Questroy et Cie, avait été retardée (il ne devait paraître que début novembre), et c’est sans doute un exemplaire personnel que, vers le 20 octobre 1868, Ducasse propose à Lacroix avec le manuscrit du deuxième (dans l’état qu’il revêt alors, et qui peut différer du définitif). Le 10 novembre, Ducasse, mécontent des lenteurs de Lacroix, écrit à Victor Hugo pour lui adresser deux exemplaires du premier chant, enfin paru (diffusé) chez deux libraires du boulevard [à la Nouvelle Librairie du Petit Journal, et au passage Européen chez *Weill et Bloch], et pour prier Hugo de lui écrire une lettre, à lui Ducasse :

je suis bien sûr qu’en la lui montrant [à Lacroix], il se rendrait plus prompt et qu’il lirait le plus tôt possible les deux chants pour les faire imprimer.

Peut-être Lacroix, qui dut lire la réponse sollicitée et obtenue, pria-t-il Ducasse d’étoffer son texte (le deuxième chant fait environ le double de la longueur moyenne de chacun des autres) pour finalement accepter de faire imprimer – à compte d’auteur – les six chants terminés en juillet 1869, c’est-à-dire les Chants de Maldoror que nous connaissons ; mais, ayant alors jeté les yeux sur le texte imprimé, il refusera de les diffuser. Pourquoi ? Selon Ducasse, « parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères et parce qu’il craignait le procureur général » ; les raisons financières (Ducasse n’a versé que 400 F sur les 1200 F de l’édition) paraissent subalternes : l’auteur n’avait pas lieu d’acquitter le montant d’une édition suspendue. Suivant les renseignements donnés en 1890 par Lacroix à *Genonceaux, des  » placards  » avaient été envisagés, et Ducasse – décrit suivant Lacroix comme un jeune homme brun, imberbe, nerveux, rangé et travailleur – aurait, après s’y être longtemps refusé, fini par y consentir ; mais l’affaire, écrit Ducasse à Malassis, tomba dans l’eau. La lettre du 12 mars 1870 suggère que ce déboire, venu après des corrections sans succès sur épreuves, amena Ducasse à concrétiser ses réflexions sur les vicissitudes de la poésie du siècle et la méthode à suivre pour faire mieux – ce qui autorise à voir en Lacroix un père putatif (mais non responsable) des Poésies… On trouvait à sa librairie plusieurs livres dont l’influence est sensible sur Ducasse. Sa faillite en 1872, est due en particulier, croit Goncourt, au «pont d’or» qu’il avait fait à Hugo. La correspondance de Hugo garde trace de ses relations houleuses avec Lacroix : il lui reproche ses retards, ses indiscrétions (lettres divulguées), ses silences, ses fausses bonnes idées publicitaires comme, lors du centenaire de Shakespeare en 1864, ses cachotteries alors qu’il sollicite concurremment pour deux textes *Lamartine et Hugo sans avertir aucun d’eux de ce bizarre attelage d’une cigogne-larmoyante et d’un échalas-vert au char tragique de l’homme à la cervelle de jaguar. Lacroix conservait soigneusement les manuscrits de ses auteurs dans une malle solide, dont il semble qu’on soit sans nouvelles depuis 1903. Genonceaux dit y avoir vu en 1890 celui des Chants de Maldoror.

Dans une préface reproduite parmi d’autres en tête de l’édition Corti de Lautréamont (pp. 60-63), Philippe Soupault cite le portrait très anecdotique que de Lacroix Jean Richepin trace en ses Mémoires.

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