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« Vieux Montévidéen », oncle maternel de Jules Laforgue et ami de François Ducasse. Cuisiné vers 1920 par les détectives jumeaux Guillot-Muñoz et Guillot-Muñoz, ce vieillard au mental solide leur aurait fait part du souvenir, conservé par lui, de lettres parisiennes d’Isidore Ducasse au Chancelier, l’une en particulier vantant les ruines des thermes de Cluny, les arènes de Lutèce, et « surtout l’amphithéâtre gallo-romain de la rue Monge ». Toujours selon le vieux Léon, Ducasse aurait aussi exprimé « un certain émoi » pré-dalinien à l’endroit de la Vénus de Milo vue au Louvre ; sans nier combien durablement l’absence de bras maternels peut marquer un enfant de moins de deux ans, avouons que nous avons sans doute là (à moins que ce ne soit l’inverse) l’origine de la curieuse prescription maldororienne :

Comme nourriture astringente et tonique, tu arracheras d’abord les bras de ta mère (si elle existe encore), tu les dépèceras en petits morceaux, et tu les mangeras ensuite, en un seul jour, sans qu’aucun trait de ta figure ne trahisse ton émotion.

Du fécond Lacolley l’on tient encore 1° l’histoire de la lettre de recommandation au général Niel, qu’Isidore Ducasse aurait déchirée en petits morceaux (la recoller était facile) ; 2° la critique de la conjugalité du Chancelier, qui, ne supportant point la jaquette (*Davezac), ne l’aurait endossée que pour réparer en vitesse le mal dont Isidore résulta ; 3° la mention de la fréquentation de filles de «joie» par un Uruguayen à Paris (le Chant II, strophe 5, stipule tout ce qu’il convient d’admettre sur les rapports d’un poète sérieux avec cette engeance dispendieuse) ; 4° un relevé (imputé au Chancelier : seul trait inclinant à supposer son passage à Paris en 1873 pour récupérer quelque effets filiaux) de feuillets illustrés trouvés parmi les paperasses du défunt poète : « revues d’histoire naturelle, coupures de publications anglaises relatives aux oiseaux, aux reptiles, aux batraciens » – PLUS (en prime) «une gravure d’après Winterhalter» figurant deux jeunes filles revenant, les mains pleines, vers la fin de l’aurore, d’avoir cueilli des roses – AVEC (super-cadeau)Quoi donc ? – Un mot autographe, au fusain, d’Isidore Ducasse himself postulant la ressemblance de sa mère avec un pareil spécimen du type dit «demoiselle d’honneur». – Et rien d’autre ? Si : sachez que cette gravure, le vieux Chancelier l’avait affichée dans sa propre chambre, hôtel des Pyramides – c’est Lacolley qui l’y vit –, et que tout porte à croire (tant que nous y sommes) qu’elle assista, par les quatre yeux de ses modèles, à la mort du père, un lundi à seize heures trente tapantes, comme elle avait visé déjà, dix-neuf ans plus tôt, en telle indécise aurore d’un jeudi novembral, le décès du fils… Ces jeunes filles d’aube, ou si vous préférez ces jeunes dames (mais, nul n’a signalé d’alliance à leurs annulaires fuselés) qui avaient secouru l’intelligence d’un poète des plus enthousiastes, ces mêmes beautés laissèrent tomber des croyances à l’immortalité pour le vieillard. Ainsi fut réalisée la prophétie d’Isidore Ducasse, quand il entrevit l’avenir au fond de cette poésie (II : 61) qu’André Breton ne lut point sans frémir. – Une fois pour toutes, accordons au lecteur suspicieux que TOUS les « témoignages », plus ou moins libidineux ou sentimentaux (ce qui est la même chose) glanés en Amérique méridionale, bouilloire de l’imagination sanguine, concernant Isidore Ducasse, participent en droit de la Leyenda uruguayensis : id est que, définitivement, pas un n’est moins fabuleux que, par exemple, les ragots sur la vie de Jésus-Christ, de Bouddha, de Confucius, moralistes dont il n’est même pas sûr qu’ils aient « couru les villages en souffrant de faim » – quelques sceptiques frénétiques allant jusqu’à nier qu’ils aient existé. – Pourquoi les rappeler, alors, ces suspects « témoignages » ? – Mais, putain ! parce que le comte de Lautréamont, sujet aux contes et potins de la commère, n’est pas moins légendaire qu’Homère, non ?

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