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*Camus-*Faurisson – couple soudé pour l’éternité d’un faux mussé rivé à son caisson – c’est de voir remuer à nos pieds tel coït d’illettrisme (non compensé par de bonnes grosses semelles de culture idoine), que, construisant par le théorème de Thalès l’image hypothétique de notre propre inaptitude à déchiffrer un message qui nous serait proportionnellement supérieur, et soucieux d’éviter d’endeuiller l’espace d’une sottise de plus, nous y inscrivons l’acte dont ces imprudents n’ont pas été capables : saluer le corps présomptif de la ligne qui nous déchiffrera, et que nous ne concevons point. Le sentiment d’un sens supérieur inspire de la réserve dans la mesure où l’on est capable d’en saisir les marques : on ne se hâte pas de superposer une interprétation triviale à tout ce qui semble bizarre. Si je veux apprendre quelque chose de l’univers, je dois admettre qu’il m’est transcendant. L’écriture est, comme toute auto-chirurgie, une entreprise problématique. Il faut d’abord fixer ce à quoi l’on tient : un maximum de tenue. La langue maternelle a le défaut du placenta. Cette robe, utile à notre protection durant la phase intestine de notre développement, sera – élégance oblige – dépouillée à son terme. Le comtisme satisfait dont Sartre, Camus furent les héritiers peu critiques, a produit cette coutume outrageuse : la réduction à tout crin. Elle découle de cette confiance assez naïve en la langue, qui, en face d’une difficulté quelconque, nous fait supposer qu’en quelque état que se trouve celle dont nous usons, cet état sera toujours « assez bon » pour nous permettre de rédiger une explication plausible. Il est fâcheux que notre langue ne se résolve à évoluer que lorsque nos théories, plusieurs fois modifiées, confinent à l’absurde. Gentlemen simples et majestueux, les sauvages savaient éviter ce ridicule. Conscients de leur petitesse devant les choses, ils ne se pressaient pas de trancher de tout avec morgue. Ils préféraient donner à leur ignorance une forme tangible, devant laquelle ils faisaient des sacrifices. De tels gestes, qualifiés d’idolâtres par les missionnaires fanfarons, marquaient une conscience enviable : celle de ne pas incarner la structure ultime, mais un maillon péremptible de la longue chaîne des intelligences. La religion de ces gentlemen était modeste : ils se savaient compréhensibles. L’inconséquence est souvent la marque du partage des intentions : des thèses soutenables isolément font une conjonction où elles s’annulent, comme dans l’argument du chaudron. L’essai de Faurisson sur Lautréamont est riche en effets de ce genre : ici Ducasse est présenté comme un farceur assez subtil pour duper quatre générations de lecteurs ; là, comme un vulgaire illettré. La bibliographie ducassienne est riche en oppositions, mais la plupart des opposants optent pour une certaine logique. Diffèrent les bases de rejet : Camus parle au nom d’une éthique qu’il n’a jamais vue qu’à travers la vitre où il s’aplatit le nez ; Soulier, maître chausseur, au nom de la santé mentale ; Faurisson, littérateur, en faussaire confectionneur d’une chimère dont les parties s’entre-dévorent. Si Ducasse a cette vertu de test, c’est par la vacillation qu’il introduit dans des catégories tenues pour antinomiques (comme l’opposition sérieux/ bouffon – subvertie depuis lors par Jarry, Artaud, Audiberti, Dali, mais aussi bien par Lacan ou par Wittgenstein, lequel relève qu’un livre de philosophie pourrait être fait de calembours – ainsi Heidegger).

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