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S’atteler à la critique du sens des textes d’un *poète est une entreprise étrange. Si un écrivain prend le parti d’écrire en poète, c’est que toutes les proses que la *littérature lui propose lui déplaisent par quelque pli : et qu’il a jugé bon de s’employer à déphaser subtilement tout ce qu’il écrit en l’inscrivant, à travers un *style qui n’est qu’à lui, dans un registre proprement musical, entendez *incompréhensible à moins d’accepter de le jouer suivant la clé notée sur la portée. Il y a des détectives qui, pour comprendre le mécanisme de l’avion, inspectent, jusqu’au moindre brin d’herbe, la plaine qui lui sert de terrain de départ. Il y a des analystes qui, sous prétexte de critiquer l’opéra de Mozart, s’acharnent contre ses libretti. Il y a des lecteurs qui, par souci de comprendre Isidore Ducasse, s’appliquent au relevé, le plus analytique et le plus complet possible, de l’architexte d’où son texte prit son envol. Dans le même ordre d’idées, nous eûmes jadis Charles Chassé, selon qui tout *Mallarmé est dans Littré. Cette « philosophie de la poésie », si c’en est une, se ramène à prendre à la lettre la boutade de Cocteau: « un livre n’est jamais qu’un dictionnaire en désordre ». Je pense, moi, que la preuve de la compréhension que nous avons d’un auteur, c’est la suite que nous donnons à son œuvre. Qui, ici, écrit Poésies III ? Qui poursuit, aujourd’hui, la publication permanente que Ducasse entreprit ? Pour le faire, il faut comprendre, non pas le sens, adventice et permutable, des propositions de l’auteur, mais la direction de son projet. L’inspection de la plaine de départ ne me dira jamais si l’avion vole vers Pékin ou vers Valparaiso.

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