Étiquettes

, , , , ,

S’il est un spectacle lamentable, c’est de voir approximer, à tâtons, via des entrechats verbaux de soiffard larmoyant, une écriture d’un tout autre aloi. Lorsqu’il s’abandonne à écrire :

Sous l’influence des écrivains les plus bruyants de son siècle, il se laisse aller à une rêverie sur le Mal, dont il prétend, avec l’inconséquence de la jeunesse, avoir touché le fond …[1]

il apparaît que le gidouillé Caradec (improvisant en ces termes sa genèse courtaude des Chants de Maldoror) n’a jamais LU Lautréamont, ni du reste Isidore Ducasse, d’un autre point de vue que celui des coquilles et des tchin-tchins à quoi, si souvent, prétexta le goût de la poésie trafalgué dans celui des alcohols. Il ne faut jamais attendre d’une pensée égotiste qu’elle excède son registre de base ; qu’un triste sire ose s’y risquer, il y a cependant lieu de s’en féliciter. Car c’est alors au bénéfice du public sadique, toujours friand de voir Bébé Requin se prendre les pieds dans le cordon ombilical de son trapèze étroit. Rappelons qu’Isidore Ducasse est un écrivain de 22 à 24 ans (pour la partie émergée du bloc ouvré). À cet âge, on a pris la mesure de ce qui se trame sous le mot influence – ou on ne la prendra jamais : contre ce mesmérisme de contrebande opère justement la méthode textuelle ducassique. À cet âge, on ne se laisse pas aller (la vraie incontinence ne commence qu’après cinquante ans, et l’on cite des exceptions nombreuses, surtout loin des bars). À cet âge, on ne rêve pas : la jeunesse est la période la plus sèche que je connaisse, celle où l’on fait le plus de mathématiques et de raisonnements d’une conséquence implacable (ce n’est pas l’inconséquence, c’est l’insolence de la jeunesse qu’invoque, entre la cruauté du requin et la fureur insensée des criminels, la strophe 4 du Chant premier.) À cet âge, on ne prétend pas : on a tant d’orgueil que l’on montre ou démontre tout ce qu’on avance, qu’on l’ait ajouté ou soustrait au total des phrases environnantes. À cet âge, enfin, on n’a rien à faire de toucher des fonds, ni celui du verre, ni celui du mal, hormis pour divulguer ce qu’on écrit, qui jusque là n’a paru intéresser personne. L’hémorroïde pleurarde qui a commis, entre deux verres d’une piquette dont sa prose prouve la qualité négative ou nulle, les trente-trois mots précipités que j’ai cités, a sensiblement un oignon à peler avec la jeunesse, imaginaire coupable des crimes dont l’imputation perce, gémissante, sous sa plume cauteleuse. Un écrivain qui prétendrait avoir touché… quoi?… le fond d’une rêverie !…. et qui, pour ça, sera taxable d’inconséquence juvénile ! Tu vasouilles, François. Tu montres que, sous prétexte de familiarité avec la littérature, un bâtard avachi ne réussit qu’à souiller le bas du pantalon de son maître. Tu déshonores ton âge, quand tu as l’âge[2] de le faire honorer. CORR. MIN. (PZ0) – J’eusse écrit : Sous l’égide de quelques écrivains parmi les plus voyants du début du siècle (Byron et Mickiewicz les premiers), Ducasse opère un développement sur le Mal, dont il notifie – sans faire intervenir ici la Jeunesse, ses inconséquences – non pas qu’il en a touché le fond [3], mais textuellement qu’il l’a chanté, comme avant lui bien d’autres poètes, mais en exagérant un peu (naturellement !) le diapason comme il convient si l’on innove. Qu’il y ait (que le lecteur sente) «une immense douleur à chaque page», n’implique nulle part que l’auteur l’ait éprouvée, ni qu’il s’en vante : Jules Verne ne prétend pas avoir personnellement foulé la Lune ; il se contente d’inviter les imaginatifs à l’y suivre. exagéré un peu le diapason


[2] 77 aux prochaines chanterelles, si mon compteur est bon.

[3] Invention du zingueur, dont on voit qu’il ne répugne pas aux méthodes héritées du flic Bony, lequel joua à Guillaume Seznec le tour de venir cacher dans son fourbi la machine même qui, justement, avait servi au flic à taper le faux contrat de vente imputé à l’accusé.

Advertisements