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Mais alors… son vrai nom? Je perdrais mon temps à lui expliquer que c’est son vrai nom puisque c’est celui qu’il a choisi. L’autre, c’est celui d’un type qui a couché avec sa mère.

Aragon, La Mise à mort, p. 23.

Le nom de Comte de Lautréamont apparaît une seule fois dans le corpus ducassien, au dessous du titre des six Chants de Maldoror imprimés l’été 1869 à Bruxelles, bd. de Waterloo 42. Qui l’a choisi, comment, pourquoi ? On l’ignore. L’ennui, c’est qu’il a fonctionné, tout un temps, comme masque propre à prévenir les velléités de s’intéresser à celui qui avait osé ce livre inoubliable. Longtemps, les études ducassiennes ont pâti de la légende d’invisibilité totale, voire de sanctification, cultivée autour du nom de Lautréamont. S’il n’est pas faux que la passion du détail biographique est une manière subtile de détourner de la lecture de l’œuvre, le mépris total envers tout ce qui concerne la vie d’un auteur n’est pas moins pernicieux. Des textes arrivent ainsi à se perdre : que sont devenus les papiers laissés par Ducasse à sa mort ? Où est passé le manuscrit des Chants ? Et celui des lettres recueillies dans le dossier Dosseur consulté par Genonceaux en 1890 ? On peut dater du livre de François Caradec (1975) un renouveau de la recherche des faits relatifs à l’auteur qui fut – hypothèse 1 – « forcé » de se cacher fugitivement sous le pseudonyme de Lautréamont, ou bien qui – hypothèse 2 – l’a choisi délibérément en 1869, mais pour s’en séparer dès 1870.

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