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« Il faut bien que je rie, puisque je ne saurais pleurer, dit Melmoth. – Je saurai pleurer pour deux, dit Isidora (et ses larmes coulaient autant de souvenir que de douleur) ; quand ces deux sources s’unissent, Dieu seul et le malheureux savent qu’elles coulent d’abondance. »

*Maturin, Melmoth, ch. XX.

Si le rire est de l’animus pur sucre, les liquides, surtout les amers, sont de l’anima, mère de l’humus. Le chimiste de la pensée, conscient de leur nécessité respective, ne les sépare pas, non plus que le mécanicien l’engrenage du lubrifiant. La pensée simpliste (même pas dualiste) se reconnaît à ce qu’elle valorise l’un au détriment de l’autre. Si vous riez, recommande un bon auteur, que ce soit aux larmes.

Si vous ne pouvez pleurer par les yeux, pleurez par la bouche. Est-ce encore impossible, urinez ; mais, j’avertis qu’un liquide quelconque est ici nécessaire, pour atténuer la sécheresse que porte, dans ses flancs, le rire, aux traits fendus en arrière. (IV, 2)

Les pleurs (surtout les pleurs de joie, aussi nommés par les rieurs chaudes larmes, d’une qualité bien supérieure à celles de la mélancolie) constituent, parmi d’autres humeurs liquides, l’un des meilleurs lubrifiants contre les effets desséchants du rire qui nous saisit à presque toutes les pages de la lecture d’un auteur dont nous n’avons pas toujours la finesse de saisir le sel du premier coup. La correction ultime (et sans doute la plus subtile) opérée par Isidore Ducasse sur le penseur Pascal vise les pleurs de joie : le joyeux mémorial trouvé sur Pascal défunt commémore en effet la nuit lumineuse que fut pour lui celle du 23 au 24 novembre 1654, comptez 216 ans, jour pour jour, avant le départ fiévreux pour les agréables cieux d’un penseur non moins sagace. Il était temps, je crois, de lever le secret (dans le sens cubique du mot : 216 = 6³) sur cette affaire spirituellement ténébreuse. (® Lamartine).

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