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Sylvain-Christian David me paraît céder au lyrisme négatif quand il écrit, pages 193 et suivantes de son intéressant Isidore Lautréamont, des phrases sceptiques où il paraît se plaindre ou se réjouir (un doute plane) d’un défaut de clarté. J’affirme, bien que chacun reste libre d’écrire de contraire, que l’œuvre lumineuse d’Isidore Ducasse accepte, anticipativement, avec une finesse dont j’ai relevé cent exemples, bon nombre des interprétations dont nous, amateurs de sens frais, la complétons. Je dis lumineuse, car ce qui s’éclaire, c’est la prose qui accepte de s’en approcher d’assez près. Là où le lecteur blasé allait se résigner à voir s’égrener la suite indéfinie des points de suspension, le diapason ducassien marque le point d’arrêt de la conclusion morale répondant : « Présent ! » La bêtise, c’est de conclure, dit *Flaubert ; il l’entend du *roman, et tous ceux qui répètent sottement ce mot ne s’aperçoivent pas qu’ils s’inscrivent, du coup, dans la logique du roman. En mathématique comme en philosophie, en morale comme en politique, partout où la raison est un guide, la bêtise serait de ne pas conclure quand sonne l’heure de la conclusion. Libre à qui préfère questionner sans fin de s’abandonner au crépitement des points d’interrogation et d’exclamation, signalétiques de la répugnance des sentiments à accueillir, avec un sourire calme, la règle algébrique. Pour éblouir une minute, les chandelles d’un feu d’artifice n’en acceptent pas moins de se coordonner à la norme d’un petit nombre de formes parfaites. La photographie instantanée montre que l’impact d’une goutte de lait, tombée verticalement sur un plan, lui impose, à l’instant précis du sursaut, la figure d’une couronne comtale. C’est juste ce qui arriva au Montévidéen quand il tomba sur *Lacroix. La référence historique produit le doute : pour apprécier des maximes, intitulées poésies, le lecteur fait bien de ne pas refuser l’avantage du recul que lui offrent 5³ = 125 années échues ; replonger ces phrases dans leur humus circonstantiel peut, souvent, ne servir qu’à brouiller les lignes, les idées ; paix, donc, aux cendres d’Amédée Jacques, à celles de Jules Simon ! Que chacun reste à sa place : le locataire d’un garni quartier de l’Opéra, aux soldes de fermeture du Second Empire ; et nous, à l’aube de l’Internet. C’est ainsi que chacun, lisant ce qu’il lit par la grâce de ses propres yeux, fera ce qu’il doit faire, au moyen de ses propres mains : et non pas ce qu’un autre ou lui-même eût fait, en acceptant que leur colle à la face, rivé par les trous aux feuilles de chou dont bientôt s’emballeraient les petits rats sans tutu de Paris assiégé, le masque barbichu de leur trisaïeul en shako. La conclusion est le point faible de l’Occident fainéant. Il n’a jamais fini d’en finir, et ressert cent fois sans vergogne les mêmes soupes froides à ses enfants dégoûtés. Je m’excepte du lot, car, cette faute de goût, je ne la commets pas : fier d’avancer sous vos narines un repas sémantique de haute cuisine, dont je vous conseille de profiter tant qu’il est chaud. La recette en doit quelque chose à Norbert Wiener, que la jeunesse honore aujourd’hui en emmanchant cent suffixes à cyber, et à Albert Ducrocq, auteur en 1960 d’une Logique générale des systèmes et des effets qui depuis n’a guère quitté mon établi. Sachez que, grâce à eux et à quelques autres, le discours technique a pu anticiper, non seulement les nouvelles formes communicationnelles de la société en devenir, mais assigner les normes d’un système intellectuel adéquat, qui, chaque fois que je me réfère à ses axes non fluctuants, baigne ma pensée d’une clarté d’accalmie. Grâce à quelques penseurs de pointe ; mais grâce aussi, grâce surtout ! à la chaleur dont nous, lecteurs attentifs, entourons, repensons leurs phrases précises, nous voyons s’élargir devant nous la perspective d’une humanité enfin intelligente : utopie bien nommée, puisqu’elle s’accommode au mieux de la délocalisation des sources. Ici s’ouvre le théâtre des opérations ducassiques.

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