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La raison n’opère que sur les facultés qui président à la catégorie des phénomènes de la bonté pure. (II: 35)

Pure est la *bonté que n’altèrent point les déficits liés à son inhibition (au défaut de tout organe adapté à son expression). L’absence, malheureusement ordinaire, de tels organes, la négligence d’en construire et d’en disposer à portée des nés, font que la bonté ne se présente pratiquement jamais à l’état de pureté native; les sceptiques ont alors beau jeu de traiter la bonté de chimérique, a fortiori son état de pureté. Musique, mathématique sont deux rares cas d’organes qu’un enfant doué peut s’approprier rapidement: prompts moyens d’exprimer sa bonté. Pareils exemples ne manquent jamais d’étonner, tant pullulent en contraste les tristes exemples de la bonté frustrée et bâillonnée. Les phénomènes de la bonté pure que sont les belles musiques, les belles mathématiques, les beaux arts, les belles poésies, en général les belles actions, forment ainsi toutes ensemble une catégorie spéciale, de nature à agacer les psychologues, plus habitués à concentrer leur attention sur les troubles issus de la protestation des facultés inhibées que sur l’exaltation qui accompagne leur expression naturelle. Déçues dans leurs légitimes aspirations à présider une catégorie de phénomènes qui exprimassent la bonté, ces facultés deviennent le lieu d’une turbulence qui, rapidement, déroute l’analyse rationnelle, effraie, ouvre un champ à la logique dite aujourd’hui du chaos. De là qu’un Freud, spécialisé dans la théorisation des effets de la turbulence infra-mentale, n’eut d’autre recours, dans une analyse qu’il voulut rationnelle, que des modèles empruntés à la thermodynamique. Nous sommes alors aussi loin de la raison pure, que les phénomènes freudiens sont loin de la bonté pure. Compter positivement avec la raison (et non point, comme les poètes dévoyés, spéculer sur les effets liés à la réalisation des conditions de son non-exercice) nous rapproche naturellement des moralistes antiques, pour qui les belles actions paraissaient encore assez à portée de main pour que la critique des troubles n’emplisse pas la totalité de leur champ de vision. Dégagée de l’obsession du négatif, la raison trouve le champ opératoire qui lui propre, celui des meilleures facultés humaines. Les connaître, les valoriser dans toute l’étendue de leurs exigences organiques, conduit à faire primer partout la satisfaction des conditions de leur développement. S’il a lieu, le règne de la bonté a commencé.

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