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Arezzo 1304 – Arquá 1374

On attribue d’ordinaire l’invention du paratonnerre à Benjamin Franklin. C’est ignorer l’art judicieux des poètes médiévaux qui, au titre d’amour courtois, avaient développé une technique analogue en vue de prémunir tout homme d’esprit des feux de l’amour : il suffit de dresser, vers les cieux, à bonne distance de toute réalisabilité, la pointe d’un idéal fantomal, pour diriger ensuite, muée en maintes stances versifiées, vers la littérature c’est-à-dire vers la terre, où elle se perd, toute charge érotique irisant l’atmosphère locale. La petite Laure de Noves (plus tard de Sade) joua ce rôle pour Francesco Petrarca. Comme Walt Disney parraina depuis les mythes parallèles du Canard Irascible et de l’Heroic Mouse, Pétrarque lança le mythe de la Femme Poétique. Il chanta si bien sa Laure idéale, que, promu modèle, leur couple prétexta, du XIVe au XIXe siècles, à d’innombrables variations : pétrarquisée, la fascinante fillette lança, bien qu’elle n’en pût mais, le culte de la femme aimée, muse et madone, avec un si vif succès qu’ainsi que le note Alain Corbin « on pourrait presque considérer la passion romantique comme un épiphénomène du pétrarquisme ». La littérature fournit bien d’autres exemples de libido détournée ; elle n’en montre pas de plus pur. Il est significatif que l’idée de la diversion courtoise soit survenue en un temps où la seule direction opportune de l’amour – *Dieu – commençait à perdre son sens pour plusieurs. Avec la furie libidinale des poètes post-byroniens, même la notion courtoise de paratonnerre est perdue : toute idée de stratagème poétique omise, c’est comme un caniche suivant son maître que l’auteur de Rolla rentre au chenil de Lélia. Ce qu’emblématise le trait (II : 17) : Ce n’est plus Pétrarque ; c’est Alfred de Musset. Du mythe pétrarquien, devenu caduc, on sait, Oreste, ce qu’il advint : alors qu’en 1968 le penseur Louis Pauwels se bornait encore à constater : « la femme est rare», son émule Jacques Lacan tranchait en 1972 : « la femme n’existe pas ».

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