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Parcourant les pages de nos *moralistes, de nos essayistes, etc., nous sommes étonnés de leur ton de pessimisme ordinaire. Il a une raison technique: l’effort et l’*ennui associés aux procédés anciens d’écriture (encore que le porte-plume fût en progrès sur la plume d’oie, en progrès sur le calame, en progrès sur le burin – la fatigue, génératrice de la crampe de l’écrivain, fut bien exprimée par *Rimbaud quand il nota: «La main à plume vaut la main à charrue»); le pessimisme a aussi une raison philosophique: c’est l’adhérence, trop naturelle, au sens de ce qui s’écrit en première main. Pour s’assurer une bonne prise mentale sur la prose qu’il propose, l’auteur de première main prend le pli de croire à la vérité de ce qu’il écrit. Il adopte ainsi la courbure d’échine de ceux qui se sont habitués à marcher dans des pièces au plafond trop bas, ou à servir un puissant. Comme les serviteurs brimés ont accoutumé de médire de leur maître à l’office, les moralistes sombres se sont habitués à médire de l’homme dans leurs livres. Heureusement les conditions d’écriture ont changé; d’un triple point de vue elles se sont améliorées: matériellement, écrire sur écran est un confort évident; philosophiquement, la connaissance de notre *capacité performative nous a délivrés de la croyance au joug d’une vérité entièrement préexistante, nous a instruits du caractère actif et coopératif de nos personnelles articulations; enfin, littérairement, les techniques de recyclage et de *correction des textes anciens, revus sous l’angle de l’optimisme systématique et positivement moral initié par Isidore Ducasse font que l’écrivain qui applique ses *principes, ses *méthodes, jouit désormais, en permanence, tant qu’il s’active, d’un bonheur complet, comme les anges qui habitent la magnificence et la paix des agréables cieux. Le pessimisme est dès lors insoutenable. L’écrivain n’a rien de plus cher que d’enseigner à l’univers les voies qui l’ont conduit au paradis.

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