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Culte propre à la littérature décadente initiée par «les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau». La caractérisation de ce culte occupe un bon tiers des Poésies. Si elles ne sont pas comprises, c’est que le culte a perduré, crû et embelli jusqu’à des proportions extravagantes. Aujourd’hui, un auteur ne rougit pas de voir son portrait sur la couverture d’un livre. La maladie a contaminé la critique, qui se figure parler littérature en parlant de la personne de l’auteur. Si la littérature sert à quelque chose, la connaissance des auteurs est vaine. Pour savoir utiliser un Mac, il est inutile de savoir qui sont Steve Jobs, Steve Wozniak. Pour goûter le supplice des flèches ou les aléas d’un ballon rond, pas besoin d’en savoir plus sur Saint-Étienne; ni, pour aimer Hérodiade, de bien connaître Stéphane Mallarmé; et Joss Randall ne gagne rien aux ragots visant MacQueen. L’immersion, dès l’école, de l’œuvre dans l’histoire, dans la psychologie de l’auteur, participe d’un processus global de rejet de la littérature en ce qu’elle a de fort, d’utile, de menaçant. Il s’agit de noyer le poisson du message dans la bouillie de l’accidentel: quand un livre lui montre la voie, l’imbécile regarde l’auteur. Commence, avec ce regard, la procédure de retour à l’envoyeur qui tend à atteindre tout ce qui vaut d’être lu: raison d’être du journalisme littéraire. De même, celui qui veut ignorer le bouddhisme commencera par s’intéresser à son contexte sociologique. Etc. Littérairement, l’histoire n’importe que dans la courte mesure où elle permet de saisir certaines allusions, d’éclairer certains termes. Importe ce qu’un texte apporte, ce par quoi il infléchit notre pratique de l’écriture, de la lecture, bref notre interprétation des choses. La lecture moderne a été modifiée dans ce sens que les biographies des auteurs se vendent désormais mieux que leurs livres. Ce qu’on ignore, on l’invente: le biographisme, comme un gaz fétide, gagne tout le volume accessible. La légende commence, d’autant plus indispensable que le rideau de fumée protège de la contagion des formes mutantes.

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