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Pour suivre le fil de la pensée d’un auteur, plutôt que nous précipiter de croire, à la lettre, ce que nous croyons y lire, il faut observer ce qu’il fait. Que fait Ducasse ? Poésies I se donne comme un discours transposé de celui du « professeur de rhétorique » (en ce sens on peut accorder que Poésies I participe du même « complexe scolaire » que Bachelard relève à propos des Chants; mais passons : c’est de la psychologie, art mineur, et le lecteur est grand, n’est-ce pas ?) tandis que Poésies II se donne pour un discours transposé, de celui du « professeur de philosophie », en leçon d’un « professeur de billard », les pratiques anatomiques et carambolesques de ce dernier déteignant, fâcheusement dira quelqu’un, sur la gravité des usages du premier. Ducasse n’opère nullement une parodie ou une démarcation de ces discours : il use de ces masques (cf. « le penseur Descartes », celui qui s’avance masqué) pour introduire, par tout un ensemble de procédés, dans ce qui devrait être un discours raisonnable et somme toute banal (puisque rhétoriquement ancré au cœur de l’institution), ce qui semble d’abord une vacillation, un tournoiement, une folie qui ne permet jamais de savoir exactement « où nous en sommes » ni « ce que pense l’auteur » (comme s’expriment les questionnaires adressés aux élèves en cours de crétinisation). Trop de lecteurs se sont arrêtés à cette impression. S’ils avaient réfléchi trois ou quatre mille heures de plus, comparé, développé, chassé les causes d’ambiguïtés, ils auraient trouvé ce que nous trouvons : une pensée entièrement cohérente, toujours éclairante, et qui n’a que le défaut de compresser en moins de cent pages ce qui, pour respirer à l’aise, en veut bien mille. Mais ce choix n’est pas celui d’Isidore Ducasse : c’est celui de son temps, qu’il n’avait pas.

 

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