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Paris 1623-1662.

Inventeur de la calculatrice mécanique, du calcul des probabilités, et du vide pneumatique, éléments préalables à l’indispensable mesure (mais, il ne s’agit que d’une évaluation) de la surface de *Dieu. Reliquat d’une Apologie de la religion chrétienne, ses Pensées, réunies pour la première fois par ses amis de Port-Royal en 1670, avaient, pour satisfaire Victor *Cousin, fait l’objet d’une réédition moderne huit ans avant la parution de l’édition commentée d’Ernest *Havet (1852). Ce n’est pourtant pas celle-ci, mais l’édition Condorcet qui, paraît-il, servit de base de *correction à 33 des 159 divisions de Poésies II.

Pourquoi Pascal ? Pour quatre raisons au moins.

  1. D’abord celle du style : comme la drosophile aux expériences du biologiste, la *maxime, spécialement la pascalienne, fournit, avec son style de bronze, aux variations de type ducassien une base optimale.
  2. Par ailleurs, étant donné la binarité de la culture d’Isidore Ducasse (française et espagnole), il fut sûrement sensible à une composante qui échappe aux Français, mais que Miguel de Unamuno a pris soin de relever; dans The Spirit of Spain (Englishwoman de novembre 1909, London, Grant Richards, p. 92), ce philosophe écrit:  Il y a peu d’âmes plus espagnoles que le Français Pascal. Et comme Pascal, en même temps qu’Espagnol, était Français, il possédait le sens scientifique, le sens de l’ironie et du scepticisme, en même temps que son opposé, le sens tragique de l’Espagnol, la faim de l’éternité ; et de là naquit cette lutte terrible qui se livra en son âme […]. Nous autres, Espagnols, nous comprenons parfaitement, et mieux sans doute que les Français, le mot de Pascal: Il faut s’abêtir…
  3. Puis les Pensées sont, dans l’histoire de l’édition (on célébrait en 1870 leur bicentenaire), le premier livre entièrement composé de pièces d’un puzzle livré à la sagacité de l’éditeur, lequel, plus de trois siècles passés, continue aujourd’hui de se livrer au passe-temps innocent, mais instructif, de les ré-agencer à sa mode : pour peu que le lecteur soit convié à la fête, il est en droit de voir dans les Pensées le premier livre interactif ; il était naturel que Ducasse saisît cette main tendue. Dès son année de philosophie, le mot *incompréhensibiliste le plaçait sous l’arbre de Pascal, référence implicite de plusieurs réflexions des Chants de Maldoror.
  4. Enfin, bien sûr, parce que Pascal est (avec *La Fontaine salué d’un discret battement de cil) le plus populaire de nos penseurs, celui dont, sans qu’il faille le nommer, se dresse aussitôt le spectre à lire par exemple : L’homme est un chêne. La nature n’en compte pas de plus robuste. Il ne faut pas que l’univers s’arme pour le défendre. Une goutte d’eau ne suffit pas à sa préservation. Même quand l’univers le défendrait, il ne serait pas plus déshonoré que ce qui ne le préserve pas. L’homme sait que son règne n’a pas de mort, que l’univers possède un commencement. L’univers ne sait rien. C’est, tout au plus, un roseau pensant.,

ou :

Si la morale de Cléopâtre eût été moins courte, la face de la terre aurait changé. Son nez n’en serait pas devenu plus long.

Il faut que le lecteur, d’emblée frappé par le *procédé, en saisisse le fonctionnement ; puis, qu’il s’interroge : à lui de raffiner l’application de la méthode. Le para-Pascal de Ducasse diffère autant de celui des éditeurs (qui changent l’ordre, récupèrent des « chutes », les raboutent avec plus ou moins de liant) que de l’anti-Pascal de *Voltaire (Lettres philosophiques), qui oppose ses options à celles de Pascal sans s’obliger à serrer sa phrase de près. Les éditeurs cherchent la *vérité du sens à travers la variations des assemblages ; Voltaire, sans descendre au niveau des *virgules, lutte thèse contre thèse. Ducasse, lui, s’éloigne du sens primitif à pas mesurés, tend à le corriger au prix de transformations formelles minimales, jamais assez importantes pour que la source cesse d’être identifiable. L’objectif, clairement énoncé, n’est pas de faire du neuf avec du vieux, mais du moralement tenu avec du moralement incertain. À ce projet simple et sûr, présenté comme tel, les subtils on préféré chercher des visées incertaines : tel *Paulhan.

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