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Cet accessoire vestimentaire jambier se substitua peu avant 1800 à la culotte moulante, souvent blanche ou crème, des hommes du XVIIIe siècle: module idoine à leur style serré, concis, précis, subit et diversifié. Alors que la culotte épouse, avec amour, la jambe musculeuse de l’homme, non sans profiler au passage, strictement, le galbe palpable d’une virilité ostensible, le pantalon, avec ses formes floues héritées de la robe d’avocat, noie, comme trop souvent ce scélérat, le *poisson. Telle est, à n’en pas douter, l’une des origines dogmatiques les plus sérieuses de la décadence morale à l’aube du siècle romantique. Si j’avais été Bonaparte, j’eusse fait fusiller l’auteur du pantalon. On ne gagne aucune bataille, guerrière, intellectuelle, biochimique ou morale quand les jambes nagent dans cela. Aussi, lorsqu’une *femme de *goût convoite un *homme, elle s’empresse, avec vélocité et un sourire rusé, de le dépantalonner. Le mâle recouvre ainsi figure humaine, devient aimable. Le vingtième siècle n’a commencé de sortir du couloir de l’horreur qu’avec l’invention du jeans moulant, promoteur d’un renouveau prochain de la pensée ferme. C’est les jambes nues, et même nu comme un verre (une flûte à champagne de préférence) que se conçoivent le mieux les pensées souveraines. Isidore Ducasse n’ignorait pas cela, bien entendu (ce *génie savait tout) et ce n’est donc pas par aventure qu’il exécute, au coin d’une phrase, les nourrices en pantalon aux poupons *Obermann, entendez (car on ne sait pas toujours que *Sand repréfaça *Senancour), l’auteur de Lélia et l’escorte d’écrivaines mamelues fidèles à son canon pâlichon. George Sand en effet ne se prénommait pas George, mais Aurore. Mère au rabais d’une légion de freluquets frétillant autour d’elle comme un banc de goujons assiégeant un brochet femelle, cette femme de lettres opulente, véritable tonneau à prose précipitée orné d’un robinet sans fuite, produisit un flux ininterrompu de prose coulante, promptement solidifiée au four de la maternité sommaire, ci, en termes de libraire: un quintal de *romans et vingt-cinq kilogrammes de lettres, passionnantes pour qui a le temps. Aurore Dupin, inventrice du divorce au quart de tour, promut en outre en 1829 le pantalon au rang de site domanial des jambes d’une femme, elle. Tout eût différé dans la lente histoire de la promotion des femmes, si cette pré-Beauvoir à romans simultanés eût eu le culot d’arborer non le pantalon volé à Jules Sandeau – l’indolent était aussi sans face –, mais la culotte de *Voltaire, celle de *Napoléon. Elle n’osa pas. N’importe quelle femme non difforme adore s’extorquer toute nue, sitôt que le climat, les circonstances intimes, une profession spectaculaire ou de *modèle, voire la mode, s’y prêtent. Mais la culotte, avec son cerne précis d’indicatrice zélée, fait trop penser à des attaques directes – « Montre ton cul, Lolotte ! » – pour s’attirer d’emblée les suffrages plastiques d’une trombe financière de déjuponnées. Aussi la conjonction de la femme et de la culotte ne s’opéra-t-elle, sous l’indice de la petite, adaptée au tour opérationnel de son intime odoriférance, que sous d’autres vêtements qui font du rester douter souvent, comme de *Dieu, si elle existe ou pas. Il faut y mettre, comme ailleurs à la pâte théologale, la main pour être fixé. Le vainqueur ajoute alors, prélèvement indolore non d’un scalp qu’un sang pourtant parfois colore, à sa collection une petite culotte. Moins fétichistes, d’autres la renvoient par la poste. Pour conclure sur une note d’élégance, saluons des frères de *Mervyn le pantalon de velours s’arrêtant aux genoux, et les bas de soie rouge qu’ils portent, quand, se prenant par la main, ils se retirent du salon, ayant soin de ne presser le parquet d’ébène que de la pointe des pieds. (Un pantalon qui s’arrête aux genoux, notez bien que c’est une culotte. Le velours n’y change rien.)

 

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