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La notion d’objet entraîne traditionnellement l’idée d’une fixité de chose assignée au socle, et c’est bien à quoi visent ces formes fixes à quoi s’échinent avec grâce parnassiens et « symbolistes », Mallarmé surtout! Baudelaire est sincère quand il assure qu’il hait le mouvement qui déplace les lignes, celles du poème d’abord : ce n’est pas dans sa lignée que peut s’inscrire celui qui, du déplacement des lignes, désigné par lui *plagiat, amorce la théorie en même temps qu’il le pratique avec un zèle inouï (*PZ). Familiarisés avec la notion de mobiles, le problème suivant se pose naturellement à nous : comment, dans un texte, ménager des éléments de modulabilité qui, à *tous, à commencer par l’auteur en tant qu’il se dispose à devenir un de ses lecteurs, conserve une possibilité de reprise, réserve une faculté de reprise? Ô lecteur, toi qui te vantes sans cesse de ta perspicacité (et non à tort), serais-tu capable de me le dire ? Mais, je ne veux pas soumettre à une rude épreuve ta passion connue pour les énigmes : c’est un problème de cet ordre que traitent aujourd’hui les artisans de la programmation par objets, ambitieux de fournir aux utilisateurs des «objets» dont les manches, anses ou manettes soient apparents (OOP, Object Oriented Programmation). – Des objets ? Des objets, oui. Regardez autour de vous… en voici un : cette pomme que vous avez mise de côté comme en-cas, par exemple. Supposez qu’on vous demande d’en donner une description logicielle. Vous serez peut-être tenté d’en évaluer le volume, puis d’estimer la quantité de jus qu’elle contient : soit M la masse charnue, soit p le nombre de pépins… Oubliez cela. Pensez plutôt en peintre. Vous voyez une pomme? Peignez ce que vous voyez. L’image d’une pomme n’est pas une pomme, ce n’est qu’un signe sur une surface plane, c’est vrai. Mais ce signe n’a pas été abstrait à partir de sept nombres rangés quelque part dans un segment de données. Ses composants sont liés, et tous sont profondément solidaires. (Manuel Turbo-Pascal, section POO). Objet se dit dans ce contexte d’un élément (texte, graphique, dessin, son…) qui, par la grâce d’une programmation dynamique de sa structure, reste soumis à des modifications globales de la part de l’ « éditeur » c’est-à-dire ici du lecteur. En littérature, c’est question de style. Un texte dynamique est celui qui, loin d’être assigné à son volume originaire tel un indigène du Natal, affirme son aptitude à entrer dans des combinaisons nouvelles. Dans cette aventure, le nom de l’auteur (l’initial) s’oublie aussi vite que lui s’esquiva. Il s’est agi pour lui bien moins de forger un définitif machin que de déclencher une ronde. Cependant, l’héritage de la sculpture sur marbre continue de peser sur la conscience mercantile. Traditionnellement l’«objet d’art» est un morceau de poids et de prix, un bestiau à concours dont la croupe musculeuse frémit d’aise à l’experte palpation des maquignons, et qui vise, aussitôt né, sa place au musée où il trônera entre deux gendarmes prompts à gourmander ceux qui le voudront renifler. Tout producteur de tels morceaux de choix se range, par le fait même, sous la protection des polices, signe, avec son nom au bas du tableau, contrat d’allégeance aux pouvoirs locaux. Par définition, il n’y a pas d’art d’opposition, mais des artistes soldés plus ou moins cher. Au mieux, ils sont faux-monnayeurs agréés. Dans cette conjoncture difficile, le poète qui ne se prend pas pour un artiste a du moins l’avantage de modeler une matière idéale, qui ne prête pas à la fiction sacrale de l’original. Il ne sera jamais riche, parce que la langue est à tout le monde, et que chacun est en principe libre d’emboucher un texte par le bout qu’il veut. Jusqu’à nos jours (avec une courte exception au XIXe siècle, temps des romans-feuilletons populaires) l’homme de lettres est resté un individu désargenté, même s’il croit bon de se faire tailler les oreilles et couper la queue lors des courtes défenses qu’il entonne de sa petite marchandise. Tels ces gens qui meurent à la guerre parce que leur principe leur proscrit de tuer, nous avons de ces auteurs qui meurent impubliés parce que leur conception de l’écriture leur interdit d’en faire marchandise, l’édition étant aux mercantis. Solution peu satisfaisante. En fait la solution n’appartient pas à l’auteur. Elle est du ressort du lecteur. – C’est le *vol.

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