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À l’heure que j’écris, de nouveaux frissons parcourent l’atmosphère intellectuelle: il ne s’agit que d’avoir le courage de les regarder en face. (V, 1).

Pour situer l’entreprise ducassienne, il est intéressant de lui comparer la problématique scientifique à l’ordre du jour dans les années 1870. Suivant Pierre Laszlo, chimiste et historien, ces années sont celles de l’irruption de la troisième dimension dans la conscience spatiale. Camille Jordan publie en 1870 son Traité des substitutions, premier exposé de la théorie des groupes si nécessaire en cristallographie (®GALOIS). 1874 voit la découverte du carbone asymétrique, la première exposition impressionniste, la publication de Cinq semaines en ballon de Jules Verne, la découverte du passage du Nord-Ouest, la clôture du chemin de fer transcontinental aux U.S.A. Pierre Laszlo pointe une résonance épistémologique entre la complétion de la carte et le souci contemporain de définir en chimie des relations stéréométriques. En mathématique, l’opérateur imaginaire est interprété depuis le début du XIXe siècle, mais la théorie de la fonction d’une variable complexe débute, et ce n’est qu’en 1967 que George Spencer-Brown en construira l’homologue logique, production formelle d’un effet d’ « extra-vérité » dont le dispositif de Poésies II découvre l’ouverture étrange qu’induit la mise en place littéraire d’un tiers inclus. (Suzanne Guerlac*, qui en a bien senti la singularité, nomme « vérité angélique » cette valeur logique inusitée. Pour saisir pleinement sa portée symbolique et partant son rapport à la « vérité pratique », il importe toutefois d’en couvrir à la fois les usages mathématique, logique et littéraire, tous trois liés à une « excursion » – réversible – hors de la ligne des valeurs d’usage : ce qu’on a accoutumé depuis Descartes de désigner du mot imaginaire.)

*Les lecteurs de Lautréamont, pp. 231-240.

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