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*Par tous, non par un, écrit Ducasse, la poésie doit être faite. Et ce un, pointé à six exemplaires paupérisés sous le triple bonnet d’âne du tic (*Hugo, *Racine, *Coppée, *Corneille, *Boileau, *Scarron), ce un, certes, c’est d’abord le poète personnel, celui qui signe et s’honore, bientôt aboli bibelot. Personnel ne signifie pas original : personnel est celui qui de l’originalité qu’il illustre fait figure, rempart, blason, moyen de paraître non pas plus qu’il n’est (ce qui ne veut rien dire) mais au lieu de la force qu’il marque. À se mettre là juste il l’affaiblit et c’est la faute. Sa charge est de rendre ce qu’il reçoit dans toute sa force. Pour cela, la bonne manière est de se poser orthogonalement au rayon reçu – supposons-le, pour fixer les idées, issu d’Elohim, faisant du poète le prophète, ce qui ne gâte rien, sauf la barbe –, en sorte qu’il passe à travers le poète sans occasionner cette déviation bien connue en optique, mais dont il y aurait de l’impertinence à restreindre le concept à cette science d’ailleurs honorable et nécessaire, mais courte. Cette déviation reçoit justement, dans le contexte qui m’intéresse ici – celui de la *science de la *poésie –, le nom de personnalité. La personnalité est ce qui, d’intervenir entre la poésie et sa forme, l’affaiblit d’un terme soustractif appelé ici Hugo, là Racine, etc. Je n’irais pas jurer que ces six noms-là ne sont pas tirés au hasard dans un chapeau, mais feignons que non. Dans quel ordre cela s’écrit? D’abord, ainsi :

Hugo  vs  les classiques.

Il s’agit d’abord d’indiquer que la personnalité tiqueuse n’est pas liée à telle époque, à telle école. Les Poésies ne sont pas une simple dépantalonnade du *romantisme. Leur cible est bien plus large. Que dit Ducasse du romantisme? Rien. Ducasse n’est pas Rimbaud qui assassine Musset pour diviniser Baudelaire. Il y a longtemps que ces deux-là sont passés à la trappe de Poésies I et qu’ils jouent avec les palotins du fond de la cave, aux dés, aux cartes ou à cache-cache, enfin à quoi ils veulent, des amusements de leur âge. Pourquoi cela tique? Le quelque chose qui fait que le système cliquette, le faux contact à l’intérieur, ce n’est pas la science de la poésie qui va nous en instruire, et je ne suis pas psychanalyste. Il nous suffit d’entrevoir que le ver dans le fruit, le mal qui fait qu’on soubresaute, prospère, en quelque claque qu’on l’ait pris, à l’étage frénétique de l’homme, lequel, si le mot poésie ne lui fait pas hausser les épaules, a *mission de fixer les *yeux, droit devant ! (et non pas dans l’arrière-train crapoteux du marais des complexes) cap sur l’Eden ! on passera ! vers l’unité des facultés philosophiques, poétiques, mathématiques, éthiques (tous les tics sont admissibles sitôt que, coupés d’un vif scalpel, ils sont reconvertis à suffixer une belle discipline) dont la séparation, sous le régime mutuel des personnalités carriéristes, prospère et bourgeonne au collectif indifférencié du sac à finance. Le poète est pauvre, et il a raison de le rester. Il est aussi difficile à un poète prospère de ne pas buter sur ses excédents bancaires qu’à un homme bien membré d’aller enfiler sans qu’elle s’en aperçoive, entre deux rochers de Kermadec, la chatte de la subtile anguille. Revenons à nos classiques. Si j’en nomme trois, les premiers qui viennent à l’esprit sont :

Racine, Corneille, Boileau

Restent deux, Coppée, Scarron. Que viennent-ils faire là? Car il semble qu’ils n’aient pas la taille réglementaire, exigée par la *loi : ils sont petits, ces deux poétaillons-là ; ils ne seraient pas bons pour être conscrits. Scarron, d’ailleurs, paralysé perpétuel par ses rhumatismes avant que sa veuve acharnée s’en allât stériliser un autre nain inapte à traverser les fleuves, fixé au rivage par la grandeur négative de son courage et le volume de sa perruque, prolonge pas mal Boileau, ils devaient boire au même tonneau. Enfin *Coppée, François, pièce rapportée, dernier venu, 30 ans à cette heure-là, pourquoi croyez-vous qu’il s’insère, ce forgeron gréviste? Pour cymbaler, sixième, d’un vif éclat d’actualité cinglante le petit pentagone un rien vieillot, juste entre Racine et Corneille, trop bien ensemble ces deux-là. Il faut sans cesse décourager l’intimité des poètes. On ne sait pas ce qui peut arriver. C’est ce que je suggérais tantôt.

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