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Tranchée la question de la continuité, la réputation d’obscurité de *Poésies II tient essentiellement à la bizarrerie des résultats obtenus sur la base des *maximes *corrigées. Le lecteur non prévenu est confronté à des propositions « impossibles » en ce sens qu’aucun écrivain, exprimant naturellement sa pensée, ne serait amené à en produire de telles (du point de vue formel, ce seul fait suffit à en montrer l’intérêt.) Le lecteur est ainsi placé inopinément dans la position intellectuelle d’un contemporain de Pythagore devant la construction du premier nombre irrationnel, ou d’un contemporain de Jérôme Cardan devant les racines « impossibles » des équations algébriques. Familiers des produits de la littérature artificielle (depuis les composés rousseliens jusqu’à la poésie assistée par ordinateur en passant par des fables comme la cimaise et la fraction), notre perplexité devant un énoncé tel que (II : 21) : « Si la morale de Cléopâtre eût été moins courte, la face de la terre aurait changé. Son nez n’en serait pas devenu plus long » avoisine aujourd’hui zéro ; à la réflexion, nous pensons que le correcteur a raison, que la question du nez a été exagérée par *Pascal, que celle de la *morale est assurément prépondérante ; après tout, le nez de De Gaulle, ses oreilles non moins formidables, pas plus que sa haute taille, gigantismes divers et cohérents que les Français ne découvrirent qu’en septembre 1944, n’ont pas eu d’importance historique active dans l’histoire de la Résistance en France, et point davantage, en dépit des caricaturistes, dans l’histoire de sa présidence ; nous nous disons que Pascal a voulu faire un mot d’esprit, qu’il n’y a qu’à moitié réussi, que la maxime dérivée, qui énonce quelque chose d’au moins aussi comique, mais de plus juste, a, quel qu’en ait été le mode de production (mais, d’autant plus vivement que nous gardons le mot de Pascal en arrière-fond mental), lieu, sinon d’être préférée, au moins d’être conservée en regard de la pascalienne ; ou plutôt, juste devant. En conclusion, la proposition (II : 21), après avoir bousculé légèrement notre système de pensée, le laisse revenir, sans équivoque, dans son assiette habituelle ; filant la comparaison avec les nombres, nous dirons que (II : 21) est une sorte de « proposition fractionnaire », nullement une irrationnelle, encore moins une imaginaire. Mais ce n’est que l’une des premières de la liste. Des *imaginaires effectives apparaissent dans la suite, qui, pour être lues en *vérité, demandent de véritables *développements impliquant un transport de référentiel pour aller à la rencontre du chemin sémantique qu’elles parcourent.

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