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Parallèlement aux Inventeurs de Lautréamont (titre d’un recueil d’articles de Maurice Saillet), il y aurait une étude instructive à écrire sur Les négateurs d’Isidore Ducasse. Négateurs obliques le plus souvent, mais forts d’une aversion assez nette pour qu’elle se développe en pages plus ou moins nombreuses. Au sommaire, on trouverait en particulier : André *Malraux (1919), encore assez peu déterminé, qui se contente de s’interroger sur la *valeur de textes obtenus par un *procédé (il entrouvre là une problématique qu’il ne reprendra pas : rien dans L’Homme précaire et la littérature ne suggère que l’auteur ait jamais saisi quelle modalité de l’analyse engrène les Poésies à la littérature passée, présente et à venir, ni comment une littérature artificielle est susceptible de ressourcer la naturelle) – Camus (1951), qui consacre un chapitre de L’homme révolté à un auteur qu’il ne paraît pas avoir lu (observe André *Breton, se demandant « ce qui lui a pris ») ; un T-shirt affichant :

TOUT CE QUE JE SAIS AVEC CERTITUDE SUR LA MORALE ET LE DEVOIR, JE LE DOIS AU FOOTBALL.     ALBERT CAMUS

tranche ici la question, qui s’avère celle du coup de pied de l’âne ; cet aveu, d’une belle franchise, montre en outre l’opportunité de se reporter, pour une transformation conforme du point de vue camusien sur les Poésies, aux œuvres shootées de Maradona. – Jean-Pierre Soulier (1964), psychiatre qui titre sans rire Lautréamont, génie ou maladie mentale? et conclut subtilement : génie et maladie mentale, donne la mesure du coudrier de Sainte-Anne devant le texte d’un squizo qu’il semble regretter de n’avoir pas eu l’occasion d’électrochoquer. – Robert *Faurisson (1971) est le même professeur qui a appris au monde que les chambres à gaz servirent uniquement à gazer les poux des sales juifs et aux lettrés qu’ « Isidore », comme il s’exprime (ils avaient gardé les poux ensemble, paraît-il) fut un fin blagueur, voire un fumiste de première bourre. Les implications, un peu vastes, du concept faurissonien de blague confondent l’humour avec la farce : de là à prendre les chambres à gaz pour des centres d’épouillage, il n’y avait qu’un pas. Quel hommage, que ce déni de « valeur » tracé de la même plume qui dénia le dessein nazi d’extermination ! Prenant un peu de recul, intégrons la bande des quatre : rare convergence, miraculeux accord de gourdins sur un poète singulier, que ce chœur de cogneurs : un jeune auteur « farfelu », un footballeur à nobeliser de toute urgence, un psy en exercice, et le négationniste de référence.

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