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1816-1899. Fils d’un pasteur genevois, cet universitaire, professeur d’histoire et de philosophie, était correspondant de l’Institut de France à Genève quand Isidore Ducasse parcourut son Problème du Mal, recueil de sept conférences prononcées du 26 novembre au 16 décembre 1867 et éditées par Cherbuliez à Genève en 1868. En 1935, ayant demandé ce livre à un libraire suisse dans le catalogue duquel il avait remarqué le titre cité par Ducasse en sa lettre du 27 octobre 1869, Paul Éluard eut l’extrême surprise de découvrir à la page 180 de l’exemplaire reçu la très reconnaissable écriture d’Isidore Ducasse qui, dans la marge de gauche, y avait laissé ces deux annotations :

1° En face du passage : « ce même marchand blanchi par un travail honorable, enchaîné par l’acte réitéré de sa volonté à la loi de l’honneur, et qui, se sentant désormais comme incapable de tromper, s’est fait, par l’emploi même de son libre arbitre, le serviteur de la probité. »

Et ceux qui emportent la caisse ? après 30 ans de travail. L’habitude n’est pas une loi absolue ; ce serait au bout d’un certain temps la négation, la perte même de la liberté.

2° En face du passage (souligné) : « Nous estimons libre dans le plus haut sens du mot, celui qui est affranchi du mal. »

N’écrivez pas cette phrase, puisqu’il n’y a que Dieu qui soit affranchi du mal. Et encore!

En 1847, Ernest Naville avait pris en charge l’édition posthume des œuvres de Maine de Biran (1866-1824). Ayant accompli sur les papiers de ce philosophe un travail d’archivage d’une qualité exceptionnelle, il en donna en 1857 une biographie suivie de trois cents pages d’extraits choisis, Maine de Biran, sa vie et ses pensées (« livre à mettre, conseille *Sainte-Beuve, dans une bibliothèque intérieure à côté et à la suite des Pensées de Pascal… »).

« Ces besognes préliminaires permettent à Ernest Naville de publier en 1859 trois volumes : Œuvres inédites de Maine de Biran, qui font connaître, avec une admirable introduction, l’ouvrage inachevé et imparfait, Essai sur les fondements de la psychologie, ainsi que divers fragments, des cinq ou six dernières années, concernant la religion. »

(H. Gouhier, Maine de Biran, 1970).

En 1890, L. Ollé-Laprune loue encore en Naville « une puissance de rayonnement, une clarté dans l’exposition, une décision dans le jugement, une étendue dans les connaissances, une ardeur dans l’action, que Maine de Biran n’eut jamais ». Le Journal en grande partie inédit de Maine de Biran se consulte aux archives Naville à Genève. Ernest Naville a publié par ailleurs La Vie éternelle (1863) et Le Père Céleste. Relevons que, dans le cadre de la discussion survenue à l’occasion de l’édition Astié (1857) des Pensées de *Pascal, Ernest Naville était intervenu en 1858 par un article L’Apologie de Pascal a-t-elle vieilli ? dont Sainte-Beuve, dans un appendice au livre III de Port-Royal, cite un extrait de la conclusion : « Ses fragments sont encore une source vive de pensées qui conduisent à la vérité, d’arguments qui ne vieillissent pas… L’apologie de Pascal reste utile… Pascal n’a pas seulement fait un livre ; il est lui-même une apologie vivante… ». Il n’est pas exclu que Ducasse ait trouvé en feuilletant Naville une incitation à relire Pascal, base de *correction de 33 extraits de *Poésies II.

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