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« Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se battent au duel à mort sont courageux. » C’est leur prêter gratuitement une nature. Tant que nous n’avons pas joué un jeu dangereux, nous surestimons ceux que nous y voyons jouer. Inversement, nous sous-estimons ceux que nous voyons se livrer des jeux stupides : tant que nous n’avons pas joué au football, nous tenons ses joueurs pour stupides. C’est que nous sommes portés à tout rapporter aux hommes, à leur prêter des qualités, des défauts dont la nature ne les a pas embarrassés. Ce sont les actes, les jeux qui sont stupides, dangereux, etc. Celui qui y est livré ne s’y engage guère ; quand il a dépouillé l’armure ou le maillot, nous trouvons que c’est un homme comme nous, aux organes pareillement disposés. Cela s’étend jusqu’à l’abjection. Nous croyons qu’il faut être un monstre pour commettre des monstruosités ; nous sommes étonnés que des hommes banals les aient perpétrées ; ayant cru la nature humaine bonne, voici que nous la jugeons mauvaise. Double erreur : il n’y a pas de nature humaine ; la nature est abusivement créditée des détails de la splendeur affectée de l’homme. Les hommes n’ont que les déterminations qu’ils ont contractées en y mettant assez d’effort. Il faut s’instruire. Trop d’hommes se fient à une nature inexistante, paressent, négligent de s’exercer à des déterminations congrues, demeurent une terre molle, propre au pire comme au meilleur, aux jeux les plus raffinés comme aux plus sots.

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