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– Les moralistes, je les aime tous !

André Breton, cri du cœur

(Pas perdu pour tout le monde)

Les moralistes ne font que constater le mal, sans indiquer le remède (II : 82). S’il y a de l’étoffe du poète en eux, dans les philosophes (II : 100), Isidore Ducasse n’en connaît cependant pas qui soit poète de premier ordre (II : 85). Le genre qu’il entreprend (II : 82) implique que nous en revenions aux moralistes qui couraient les villages en souffrant de faim (II : 35) (voire, comme Épictète, en encaissant des coups de bâton). Si le lecteur, fort de ses bonnes lectures, répond que souffrir – de la faim ou de toute autre chose – est une faiblesse, lorsqu’on peut s’en empêcher et faire quelque chose de mieux (I : 26), je rétorque que, justement, dans le cas de la morale, il est difficile de faire moins ; elle ne transige pas (I : 17). Pas davantage qu’il n’est possible de philosopher du haut d’une chaire, il n’est possible de moraliser du haut d’un tas d’or ou de victuailles. Ce n’est qu’au niveau du sol, au voisinage du gazon, du sable, du hérisson, de la langouste, de l’estivant, que la morale, audible aux plus dénués d’entre les hommes, est susceptible de trouver un terre-plain assez vaste pour prendre son essor. Écrite à un niveau économique supérieur, elle ne vaut qu’à partir de la classe correspondante ; les citoyens des classes inférieures sont en droit de la mépriser ; observez qu’ils ne s’en privent pas. Conçue et réalisée au niveau le plus bas, et à ce niveau seulement, elle est, par une succession ascendante, généralisable aux niveaux les plus éloignés du sol. Ceux qui ont cru pouvoir suspendre la morale à un nuage, à des promesses célestes, se sont trompés ; ceux qui ont cru pouvoir la concilier avec le libéralisme, tout autant. Le penseur moralise mal à présent : un compte-en-banque bourdonne à son côté. Il n’est de moraliste crédible qu’au niveau du SMIG.

→ Entrepreneur générique différencié

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