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Au miroir trompeur où Pascal prétend faire voir à l’homme un monstre incompréhensible, la poésie substitue une réalité virtuelle si belle que l’homme qui y adhère parvient à comprendre qu’il est la sœur de l’ange (II : 32) : c’est l’excellence de la nouvelle science. La connaissance des lois de l’optique, adaptées à la littérature, permet aux prestiges de s’exercer dans un sens comme dans l’autre. La question est de savoir celui qui rend nos actions meilleures. Si je me crois un monstre, si je me figure à moi-même incompréhensible, je ne m’étonne plus d’aucune action mauvaise de la part de l’homme : ce monstre est mon frère. Il est d’abord le fils de mon imagination, laquelle, vue sous cet angle, pourrait bien être ma mère : or je suis réel. Une anthropologie plus positive dérive l’humanité de la divinité, quasi l’angélise. Chimère radieuse, l’ange élève, par la grâce de ses omoplates zélées, l’esprit humain au niveau de sa performance optimale, le place, idéalement, de plain-pied avec ce qu’il a de mieux à faire. Dans cette disposition heureuse, qui néglige pour un temps les difficultés inhérentes à toute mise en œuvre matérielle, l’esprit humain, dominant sa tâche, trace les plans généraux des formes souhaitables ; levées les opacités de la chair, il n’y a rien d’incompréhensible. En contraste, dans sa phase obscure, la conscience pliée à l’étiage ordinaire passe au porte-manteau des temps revêtir ses organes charnels : moyennant lesquels difficultés, incompréhensions surgissent. Tremplins dont l’homme a besoin pour concrétiser ce que la poésie préfigura. Alors ? sœur de l’ange ou cousin des écrevisses ? Les deux, mon colonel ; mais, tour à tour, s’il vous plaît.

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