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Autre que celui des sangs est le métissage des cultures. Chez Ducasse l’Espagne (patron saint Isidore) et l’Uruguay (patrons saint Philippe et saint Jacques) concurrencent agréablement la France (patrons saint Michel, archange, et sainte Jeanne d’Arc, relapse et martyre). Cela donne à la prose ducassienne une tonalité unique, un accent difficile à imiter – comme on dit qu’unique parmi les langues romanes le français garde du gaulois l’accent tonique sur la dernière syllabe, ce qui fait dire du Français qu’il parle le bas-latin avec l’accent gaulois, et, a contrario, d’un Méridional à Paris qu’il parle français comme un Basque espagnol. François Caradec rappelle que les années 1860 sont le temps du Je suis Brésilien, j’ai de l’or / Et j’arrive de Rio de Janeire. Il faudra faire (si ce n’est fait) l’anthologie des métis francophones. On y trouvera à boire et à manger : effet garanti nutritif. On y fixera le cas Camus, promoteur emblématique, selon Emmanuel Todd (le Destin des immigrés, p. 293) de la formule :

universalisme théorique + ségrégation pratique,

clé, dit Todd, d’une forclusion qui marqua ce cas. En cette formule gît (notez ceci, cette découverte intéresse la médecine infectieuse sanguine) le secret de la mouche qui piqua le Mondovien, cause d’un petit œdème dont un ex-carabin natif de Tinchebray, le palpant, s’étonna de la jaune purulence qui en gicla, petit geyser fauve, au goût sucré. Car c’est de la formule rivale :

universalisme théorico-poétique + vérité pratique,

cocorico alambiqué aux frais du lecteur par les soins du Montévidéen, que naît la lumière suffisante promise aux soucieux. L’homogénéité de cette dernière expression, qui fait qu’après le signe = il y a place pour toute une littérature de nouvelle fabrique, contraste avec l’hétérogénéité de la camusienne, qui fait qu’après le signe = il n’y a même et surtout pas place pour zéro : ce n’est plus une hétéronomie ; ce n’est plus un oxymoron ; c’est un produit instable, une chimère dont les parties se renient. Seule la pratique du plagiat correctif et zélé est véritablement universelle et matrimoniale, seule elle ouvre les lettres aux compositions ébouriffantes, mais actives, de la raison ludique. Dans La Peste, dit «un de ses personnages», le Berger s’avance en littérature au devant d’un troupeau d’Arabes mutiques, escorte muette priée d’aller se faire oublier au vestiaire des tondeurs. Dans les Poésies, au contraire, c’est la mer chaude, avec sa pléthore de poissons multicolores, dont le plus connu est l’anthropophage piraña (corrigez-moi si je me trompe), c’est toute la Plata, sœur de l’Amazone, qui remue le canoë délicat de Pascal, de Vauvenargues et des autres classiques passagers que salua l’adroit élève Camus singeant Grenier de la même souple échine que, trente ans après, bon élève jusqu’à la gauche, il arqua face à Gustaf. En poésie pratique, il n’y a place ni pour les obligatoires références, ni pour les courbettes, ni pour les lauriers, ni pour un roi numéro 6, plagié de Chanel. J’ai dit assez, je pense, en disant son nom.

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