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Méthode

La méthode qu’Isidore Ducasse applique, qui lui importe, n’est pas celle qu’il affiche à l’intention de ses éditeurs ou producteurs pressentis, pommade à appliquer aux gens assez naïfs ou assez retors pour feindre qu’il y a intérêt à se figurer qu’il existe une relation simple entre la littérature et la morale. Si cette relation existe (ce qui est à souhaiter, et nous y travaillons), elle est nécessairement complexe : l’auteur le plus habile et le mieux intentionné ne la réglera pas dans le cadre d’une feuille de papier à lettre. Les contingences éditoriales sont étrangères à la littérature ; comme l’écrivain ne peut les ignorer complètement, il ranime, sous couleur de philosophie, à l’intention des lecteurs pressés, le vieux fantôme du *mal qu’on chante pour faire désirer le bien comme remède : le Sade de la première Justine avait déjà bien usé cette ficelle, avant de la faire claquer dans l’introduction de l’Histoire de Justine et de Juliette sa sœur : « C’est, nous ne le dissimulons plus… ». Est-ce à dire que Ducasse mente comme Sade ment ? Non, justement. S’il ne croit pas au bien pour le bien (la vieille école), ni au mal pour le bien (Sade I, auquel il fait écho), cela ne veut pas dire, bien sûr, qu’il se range in petto du côté du mal pour le mal (Sade II) : toutes ces options terriblement simplifiées sont aussi puériles les unes que les autres. – L’objectif est d’instituer quelque chose de littérairement fixe sous ces noms de bien et de mal. Le bien est la *négation du mal. Le mal littéraire réside dans l’entrain de ceux qui mâchent le pain bénit des phrases publiées comme chair de *vérité, au point d’en oublier la nature typographique : ce que l’auteur se charge de leur rappeler, en mettant sous leurs yeux, non des extraits bruts de bile ou de moelle (comme Maldoror s’en vantait), mais des morceaux choisis des meilleurs auteurs, recyclés avec un doigté, une alacrité, qui ne saurait leur échapper, même s’ils ne comprennent pas d’abord « où on veut les entraîner » : mais, pour cette fois-ci, NULLE PART AILLEURS, mes enfants ! C’est ICI que réside pour vous la faculté de lire et de récrire.

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