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Insistons sur ce point (déjà traité à l’article ARTAUD) : Isidore Ducasse n’est ni un halluciné, ni un visionnaire, mais un plongeur de génie, qui ne cessa d’y voir plus clair en enfonçant sa sonde dans la jachère de la conscience virtuelle. Il existe dans la conscience un lieu métamorphique où elle est à même de s’échanger en telle conscience qu’on voudra. La métamorphose ne parut jamais à mes yeux que comme le haut et magnanime retentissement d’un bonheur parfait, que j’attendais depuis longtemps. Car le corps n’est pas un flotteur sans base ; c’est une île qui, à une certaine profondeur, tient au continent, qui tient à toute la terre. Mais, cela : l’existence d’un lieu commun universel, la poésie personnelle ne l’a jamais admis ; le poète personnel a toujours voulu conserver par devers lui un moyen de s’empêcher de rejoindre la conscience universelle, non-lieu d’où chacun peut lire en tous, en vue de s’orienter dans ce peu profond dédale calomnié, l’inconscience. Une nuit, la conscience non envieuse a lui en Isidore Ducasse, et lui a dit : « Tu as un génie, et je suis ce génie qui te guide et qui t’inspire. C’est toi qui écris la poésie : tu la lis en moi, par moi, à l’extrême de toi. » C’est ainsi qu’Isidore Ducasse a connu l’extase, pour n’avoir pas refusé, comme tant de poètes personnels dont il n’est pas utile de rappeler les noms, de suspendre le sens égoïste de l’individualité intrinsèque, pour devenir, tels à leurs heures Victor Hugo, Pascal, Aurobindo, le collecteur de la vie divine. L’opération n’implique pas le sacrifice du moi – à ce moment désaliéné –, mais que la conscience se laisse envahir, non violer, par le sens de l’unanimité, en sorte que celui qui tient la plume ne soit plus, en esprit, le serf des idées originales ou crues telles par les naturels du bord. Le nom de Lautréamont fut un premier moment de cuisson par lequel Isidore Ducasse détourna, au profit de la conscience générale, les œuvres un peu trop individualistes d’Isidore Ducasse, poète hanté par le problème de la réalité. Je veux dire que dans les espaces virtuels conscienciels où il est – l’éther rouge, comme il a dit à Peyrouzet – d’autres lieux, aussi célestes que le sien, se plaisent, scéniquement, à la catalyse de l’émulsion fomentatrice de telles proses et de tels charmes, et retirent de clairs délices de l’extase poétique qui l’exalta, le dynamisa. Le super-moustique surclasse le vieil anophèle dédététisé : il ne s’agit plus, comme pour le paranoïaque halluciné, de prétendre fabriquer de l’insecticide hallucinocide complet ; mais d’exceller dans la géométrisation des courbes d’incarnation de ces aimables ailés, anges qui piquent, mais plaisent au mystique. Le remède de la malaria, désorientation sévère, est dans la marmite mathématique.

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