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À distinguer de son quasi-homonyme Helmholtz, lui-même distinct de Holzer, que mon OCR à la noix, qui n’en manque pas une, confond, parfois, avec Noizet. Tout est dans tout, mais tout de même. Ce héros de Maturin (voir ce nom) a si bien fasciné les amis du noir qu’André Breton va jusqu’à affirmer qu’« il n’est pas douteux que Lautréamont ait pourvu Maldoror de l’âme même de Melmoth ». Cela n’est pas douteux : cela est faux. André Breton est bien gentil, mais il n’était pas, loin de là, dans les petits papiers d’Isidore Ducasse. Ça se serait su. Que sait-il si Maldoror a une âme ? Et Melmoth? Que vient faire ce mot âme, issu, peut-être, de la superstition platono-christique, dans les propos d’un poète qui n’allait pas à la messe ? Quelle est la théorie surréaliste de l’âme ? Je ne l’ai lue nulle part. En revanche le lecteur peut inférer de (I : 42), (II : 2), (II : 12), (II : 66), (II : 74) une théorie ducassienne de l’âme qui ne saute pas forcément aux yeux mais qui, sachant que, pour ce poète, la poésie est géométrie – et pas n’importe laquelle, géométrie fatale ! – ordonne que nous l’explicitions. Transcrivant la maxime (II : 2) :

L’homme n’est pas moins immortel que l’âme.

on a :

non [im (h) < im (a)]

inégalité qui transcrit, lu mot à mot, l’énoncé équivalent : « il est faux que l’immortalité de l’homme soit inférieure à celle de l’âme » ; en simplifiant, il vient :

im (h)  im (a).

Or nous connaissons im (h), l’immortalité de l’homme : elle est nulle puisque l’homme est mortel (tout ami de Socrate sait cela, et tout ami de l’homme ne s’en réjouit pas). Allant du connu à l’inconnu, démarche mathématiquement forcée, nous obtenons alors

0  im (a)

pari que l’immortalité de l’âme est nulle ou négative. Au lieu de im (h) = 0, on peut toutefois préférer im (h) =  (lisez : « l’immortalité de l’homme est infinitésimale », c’est-à-dire nulle à la limite); cela posé, on aurait encore néanmoins

  im (a)

ce qui revient à associer à im (a) un infinitésimal ’ d’ordre inférieur à  :
  ’.

En termes vulgaires, on dira pour conclure que la mortalité de l’âme est encore mieux assurée que celle de l’homme, autrement dit : il est des cas-limites où l’homme vit encore quand l’âme est déjà morte. L’expérience du coma dépassé peut illustrer cette maxime. (II : 2) enjoint de ne pas excéder une théorie immanentiste de l’âme, base de départ que, par la grâce habituelle des litotes dont Ducasse n’est point chiche, l’énoncé (II : 2) parvient à masquer au lecteur rapide égalé au lecteur nul.

(II : 12) dit entre autres :

L’âme ne tombe pas.

dogme qui affirme l’inhomogénéité de l’âme avec la matière, inversement son homogénéité à la lumière ou au vide, thème développé Immortalité de l’âme. (II : 2) paraît contredire (I : 42), qui semblerait tabler sur cette immortalité. Cela n’est pas. L’ensemble des propositions marquées (plusieurs assez alambiquées, le pompon revenant à II, 74) dicte un petit traité De l’âme intérieur à Poésies II ; il témoigne que, sous l’apparent dogmatisme du style, quant à l’âme la religion de l’auteur n’est pas faite absolument : l’avenir reste ouvert. Le conseil (I : 39) :

Ne reniez pas l’immortalité de l’âme

n’appartient à Poésies II, mais à Poésies I relativement à quoi le point de vue change. Cette prescription n’a rien d’un énoncé sur l’immortalité de l’âme, qu’il conseille seulement de ne pas renier, par souci peut-être de ne pas choquer envain nos amis les croyants (on sait si ces gars prennent vite la mouche). Plus explicite, (I : 42)

« […] on attaque l’immortalité de l’âme. Mais, l’immortalité de l’âme, elle aussi, est vieille comme les assises du monde. Quelle autre croyance la remplacera, si elle doit être remplacée ? Ce ne sera pas toujours une négation. »

n’affirme pas non plus ce que nul ne saurait nier. Battue en brèche, une croyance si vieille laisserait forcément un grand vide, comme la moustache qui fuirait la lèvre de Nietzsche (étonné Rhee l’appela du coup ma Lou). L’humanité ainsi opérée risque de rester un temps méconnaissable, d’abord à elle-même : grand danger pour tous ses membres. Mieux vaut tenir compte de notre faiblesse, qui fait que nous parions sans cesse (jeu finitaire vouant chacun, qui joue en son nom propre, à s’entonner je). Parier c’est croire, et « croire à », c’est « parier sur ». Est à ménager non seulement le croyant extérieur (ami qui misa sur d’autres chevaux), mais le croyant intérieur, le je propre, avec ses tares et ses tics, sa morale en forme d’éthique, sa sottise si sympathique. Qui pense bien ménage sa croyure, et ce n’est certes pas Melmoth qui me contredira.

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