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Quelques critiques – des plus subtils, d’ailleurs : je pense surtout à feu Georges Charbonnier – ont postulé entre littérature et mathématique des rapports qui me paraissent illusoires. Ainsi Raymond Queneau : tant dans ses romans de jeunesse (Le chiendent, Gueule de pierre, Les Temps mêlés) que dans les essais de sa période oulipienne (Cent mille milliards de poèmes, Les fondements de la littérature), quelles « structures mathématiques » met-il en œuvre ? D’une part des jeux de nombres qui relèvent de la simple arithmomanie (le mot est de Queneau) et d’une combinatoire si élémentaire qu’à ce niveau elle relève de l’observation plutôt que de la mathématique). D’autre part des transpositions (dans le texte pseudo-hilbertien, « mot » au lieu de « ligne », « plan » au lieu de « paragraphe », etc.) qui donnent lieu à des « justifications » ne relevant à aucun degré de la mathématique, sont pur jeu d’esprit, witz. Des remarques analogues valent pour les ouvrages de Georges Perec. Les observations convergent vers la proposition suivante : « La littérature se nourrit d’une mathématique pauvre. » Les mathématiques proprement dites exténuent la littérature. Un certain prestige de la mathématique n’existe que pour les non-mathématiciens. Croit-on honorer la littérature en l’apparentant à une discipline dont la rigueur, etc. seraient, on ne sait pourquoi, promus critères d’excellence? Règne ici un climat de pensums et de martinet qui donnerait à penser qu’en mal d’un SUR_JE (rappelons que pour Freud le SUR_JE est ce contre quoi JE m’insurge), on trouve cette instance dans un fantasme ectoplastique qu’on se forme au sujet de la mathématique. Vue d’assez loin, comme de la hauteur d’un *poème écrit par un *pédéraste, la *femme aussi paraît idéale ; vue de près, comme par une autre femme, à tire d’aile la chérie se bretéchérise. Le mixte mathématique-littérature ne vole pas haut. C’est une chimère, comme le Lapin-à-pattes-de-Poulet et le Cerf-Veau (lent). Cela posé, on n’en sera que plus à l’aise pour admettre qu’entre une certaine pratique de la littérature et l’informatique la route est libre.

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