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Toute parole tremble sous le virtuel revolver des interrupteurs. Ce qui s’écrit bénéficie au contraire de la garantie du silence de l’autre. Avantage immense, mais limité : l’auteur peut bien anticiper la lecture, feindre d’occuper à son tour le siège, fauteuil ou strapontin, qu’il destine au lecteur, il ne saurait pour autant programmer la lecture. Dans la mesure où écrire se berce d’un fantasme de toute-puissance, publier est une action paradoxale, à laquelle un auteur consent à contrecœur, pour de mauvaises raisons, assorties de toutes sortes de réserves mentales. De *tout-puissant il se mute en condamné qu’on va fusiller : *métamorphose pénible. L’inachèvement joue alors dans l’écriture un rôle ambigu. C’est le manche par quoi l’auteur garde en main ce qu’il a fait, diffère le moment de le donner. Mais la chose parue (sans plus de fignolage), c’est par ce même manche que le lecteur s’emparera de ses phrases, en fera l’usage qui lui paraîtra bon. Inversement, un achèvement manifeste, celui du texte «léché», opère comme un interdit de lecture, la production d’un «*objet d’art» soustrait à l’*interprétation du peuple : pour quelques uns, c’est un défi, et *Valéry ne vit pas sans ennui la légion d’interprètes zélés que sa Jeune Parque leva.

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