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Paris 1901 – Créteil 1976.

Il publia en avril 1920 un texte sur Lautréamont, La genèse des Chants de Maldoror (paru dans Action N° 3, réédité dans le Disque vert), qui est son premier essai critique. D’un point de vue forestier, on peut juger ironique que la verve bûcheronne du futur auteur des Chênes qu’on abat ait fait ses premières armes sur un contempteur du Funèbre-échalas-vert, nommément Ducasse. Au reste, l’article de Malraux marque sa faible ouverture à un texte encore peu lu à l’heure où il écrit : s’il est vrai que les Chants de Maldoror mettent en œuvre « un » procédé – toute une gamme de procédés, en fait –, le D. de *Dazet muté en noms d’animaux n’y joue qu’un rôle incident (un rôle-témoin), et ce n’est évidemment pas en substituant au nom de *Dieu celui de *Satan que *Lautréamont obtient sa version du *Tout-Puissant. La thématique au centre des Chants : le duel d’une créature « ratée », mauvaise, *Maldoror, avec un Créateur partout accusé, c’est bien celle du livre de *Job, mais c’est surtout, aux yeux d’un lecteur de *romans noirs, celle qui détermine *Frankenstein. De ces trois duels créature-créateur, le premier (Job-Yahveh) s’achève par une palinodie de Job qu’on a pu rapprocher de l’auto-flagellation des procès de Moscou : Job en fait un peu trop, assez en tous cas pour persuader le lecteur de l’*ironie amère de son mea culpa final. Fin ambiguë. Celle de Frankenstein est claire : le créateur exécute la créature, le monstre périt dans la mer. Quant à Maldoror, il peut bien loger à la fin du Chant VI une balle explosive dans le cuir du rhinocéros, le lecteur pense à raison que le Tout-Puissant ne devrait pas s’en retrouver moins frais et dispos au début du Chant VII, s’il a lieu. Or il n’y a pas de Chant VII, il y a les Poésies, quelquefois comparées à la palinodie de Job. Mais l’attitude envers la *bibliothèque reste la même. Le procédé du Dr Victor Frankenstein, qui consiste à prélever sur des cadavres récents les bribes et organes dont il fait son monstre, est sans doute la plus belle allégorie de l’attitude qu’illustre en littérature ce grand prédateur et grand chirurgien du texte qui signe le comte de Lautréamont. Qu’un texte T’ s’élabore sur le mode qu’un récit-modèle T décrit comme source de la tragédie dont T’ ressaisit le nœud, il y a là un élément de complexité bien plus intéressant que le petit procédé que croit découvrir Malraux, qui conclut en se demandant : « Mais quelle est la valeur d’un procédé ? ». Celle du processeur, mon colonel. Vous n’auriez pas posé la question à propos de Mozart ou de Rembrandt, artistes dont l’excellence mille fois saluée met a priori hors de cause le caractère inévitablement procédural de leur art. Vous auriez dû vous demander plutôt : « Mais quelle est la *morale de la fin ? ».

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