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(Jean Rosés Cazabat). (Ossun, près de Tarbes, 1802 – Bruxelles, après 1885)

Ce libraire-éditeur fut matériellement le « sauveur » des Chants de Maldoror. Quarante-huitard émigré à Bruxelles (81, rue de la Madeleine), il encourut bientôt la suspicion des autorités pour ses publications d’ouvrages libertins (Crébillon, Casanova dont il donne en 1860 une édition enrichie de l’Histoire de ma vie, etc.) et de livres anti-impériaux saisis sitôt qu’ils passaient la frontière française.

Le père Rosez, le marchand de livres qui était sous la Grande Harmonie, avait une clientèle qui le mettait à part parmi ses concurrents : le père Rosez tenait la « nouveauté », le livre fraîchement arrivé de Paris. Je dois à cette particularité ma première initiation aux Fleurs du mal : je la raconterai plus loin. Il arriva même que le bon libraire, à force de vendre les livres des autres, voulut en éditer pour son compte. Il eut ainsi son heure d’héroïsme : l’Empire, toujours à flairer ce qu’on disait de mal de lui à l’étranger, eut vent d’un certain pamphlet où il était mal arrangé. Il exigea des poursuites, et un procureur se trouva pour requérir contre le petit homme gris aux yeux malins sous sa calotte à gland. On l’envoya siffler un an entier à l’ombre.

Camille Lemonnier, La Vie belge.

De fait, un pamphlet contre l’impératrice valut en 1866 quelques mois d’emprisonnement à Rozez. Ayant racheté le fond Lacroix en 1872, il récupéra à cette occasion les exemplaires en feuilles des Chants de Maldoror et en fit brocher en 1874 une trentaine d’exemplaires. Onze ans après, en août 1885, Rozez remettait l’un de ces exemplaires à Max *Waller, qui l’exhiba le soir même devant ses amis du groupe *Jeune Belgique. Discrètement, les Chants commençaient leur carrière publique.

 

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