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Pour *Stendhal, premier théoricien du *romantisme en France (le romanticisme, écrit-il encore en 1823), romantique équivalait à contemporain. Définition minimale. Plus vivement opposé que jamais au classicisme, le pari romantique lui parut assez remarquable pour motiver un livre, Racine et Shakespeare ; il impute le relief singulier de cette opposition à la rupture qui détermina qu’en littérature, comme en morale, il y eut un avant et un après la Révolution française. Moins de style, moins de manières, plus de réalisme, plus de franchise dans les descriptions, les actions, les jugements, voilà, tout uniment, son combat. Morale et littérature : le même ! N’est-ce pas le même homme qui pense, écrit, agit ? Ainsi pense Stendhal, grand sentimental, critique aigu, mais philosophe court (un écrivain qui a besoin de toucher un humain n’est pas fait pour la réflexion théorique). – Si, tout à l’opposé, nous raisonnons sur les *principes, alors morale et littérature s’opposent nécessairement en droit : elles ont des règles communes ; elles en ont aussi de propres. Les principes de l’éthique ne sont pas ceux de l’esthétique ; leur inconciliabilité est une dispute bien antérieure aux discussions de Port-Royal. Le poète, s’il est la vigie exigée, doit être capable, à volonté, de raisonner alternativement et indépendamment, sans interférences oiseuses, en termes d’art et en termes d’éthique, puis d’opérer la synthèse spéculative qui pondérera, salut cher *Cousin ! le point de vue du bien, celui du beau, celui du vrai. Le poète spontané, mollusque peu référentiel, tend si bien à mélanger ses axes, qu’il ne paraît même pas nous comprendre quand nous lui demandons, question élémentaire pourtant, s’il coordonne ses poésies en coordonnées gaussiennes ou banales – et le moraliste spontanéiste ne vaut pas mieux ! Vagir ce que l’on pense est à la portée du premier venu. Le poète logicien, quoi qu’il pense, est d’abord une main qui agence. Ces trois axes (notons les E, M, L :

  • E comme esthétique,
  •  M comme morale,
  • L comme logique),

il tend d’abord à les distinguer ; il ne les articule, par la pratique, que son analyse conclue. À lire l’épigraphe de Racine et Shakespeare II :

DIALOGUE

LE VIEILLARD. – « Continuons. »

LE JEUNE HOMME. – « Examinons. »

Voilà tout le XIXe siècle.

il est clair qu’Isidore Ducasse, qui prescrit une mise en examen générale de la littérature du siècle, correspond au JEUNE HOMME : il est donc « romantique » au sens stendhalien. Mais, au delà de l’examen des lettres modernes (E), Ducasse écrit que (M) « les premiers principes doivent être hors de discussion » ; c’est se réclamer, très ouvertement, d’une continuité. Pour concilier ces deux aspects, il faut souligner que ce que Ducasse reproche, foncièrement, à ceux que nous appellons romantiques – les poètes de ce siècle comme il les désigne –, c’est d’avoir cru pouvoir opérer en examinateurs universels, méconnu que, s’ils veulent être examinateurs en poésie, alors, ils doivent, en morale, adopter des principes fermes, stables, indiscutables. Cherchez si vous voulez, mais pas avec les deux pieds en l’air. Que l’un d’eux, au moins, touche le sol, si vous voulez écrire ailleurs que dans les nuages. Une remise en cause tous azimuts débouche inévitablement sur le chaos, prémisse d’un retour, au moins temporaire, à l’ordre ancien, aggravé. C’est ce que les faits n’ont pas manqué d’imposer.

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