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On a souvent interprété le passage des Chants de Maldoror (poésie du mal) aux Poésies (poésie du bien) comme une apostasie, une palinodie, bref un retournement. Or si la mutation du loup en berger est des plus ordinaires en littérature, surtout dans le roman populaire, elle est plus rare chez les auteurs (Aragon, surréaliste devenu stalinien, aimait à se réclamer, avec une pertinence nulle à mon avis, du précédent littéraire d’Isidore Ducasse). Dans l’épigraphe de Poésies I, Ducasse présente ce retournement comme une simple substitution de mots par leurs antonymes, ce qui place d’emblée son propos dans un registre formel inusité. Dans une lettre à Darasse, il le décrit comme un changement de méthode causé par une prise de conscience liée à la non diffusion de son livre :

Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d’aujourd’hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c’est qu’elle est radicalement fausse ; par cette raison qu’on y discute les principes, et qu’il ne faut pas les discuter : c’est plus qu’injuste.

La clé de l’ambiguïté ducassienne, celle de l’articulation des points de vue formel et moral, est dans l’interprétation de ce revirement que, dans la même lettre, il donne successivement comme issu d’un changement de conviction (commercialement motivé) et comme un changement de méthode. Cette ambiguïté n’a pas dû lui appararaître comme telle, tant sont soudés chez lui le sens de la pratique morale et celui de la pratique littéraire.

 

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