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(né René Sussan, alias Albert Davidson).

Né en 1925.

Connu surtout pour ses romans d’aventures policières à suspense d’un folklore à l’Adèle Blanc-Sec, il joue systématiquement de l’intrication de références hétérogènes et de la réutilisation romanesque des restes, d’où un micmac interfictionnel où Robur et Vanda sont presque assurés de retrouver leurs jeunes pour les reperdre vite fait. Son Voyage au Centre du Mystère (Denoël 1994, 269 pages) campe en première ligne un Isidore Ducasse mué en une façon d’hyper-Raymond-la-Science matiné d’Évariste *Galois (on sait que le duel du mathématicien-révolutionnaire suggéra l’hypothèse d’un assassinat travesti). L’acolyte Mario, analphabète pré-camusien convaincu que les Poésies ont trahi l’idéal prostitutionnel de Maldoror, empoisonne son maître au moyen d’un peu de shit filé dans son maté. La nuit du 23 au 24 novembre est dès lors annuellement commémorée d’un lancinant air de piano. La deuxième partie du Voyage montre Michel Verne agençant la disparition de l’oncle Jules. N’en parlons pas. Il paraît que la peu vigilante association des amis de Jules Verne (ah! ah!) n’y a rien trouvé à redire (c’est le doux Reouven qui le signala lors d’un entretien avec Jean-Maurice de Montremy radiodiffusé le 5 mars 1998). En revanche, il ne se vante pas d’avoir vu son texte incriminé, dans une lettre d’Isidore Ducasse datée du 4 avril 1996, pour onze erreurs fatales qui en émaillaient le début, promesse, en vertu du principe de l’homogénéité de l’insouciance, d’essaimer en proportion au moins égale dans le restant. La passion de ressusciter littérairement les poètes pour les assassiner de littéraire façon avait eu un précédent reouvenien avec Les Confessions d’un enfant du crime, roman qui met en scène la mort de Gérard de *Nerval. Ces tueries rituelles de poètes s’inscrivent dans le cadre d’un programme révisionniste anti-historique, selon quoi de grands personnages, crus morts sans intervention extérieure, sont tous censés avoir été secrètement assassinés. L’érudition reouvenienne, qui procède à tâtons, comme chez tout ennemi de la théorie, vise plus large et moins haut que la tête. Elle captive l’ami du pittoresque, amuse. Dans le Dictionnaire des assassins* (Denoël 1986, 430 pages), Reouven, qui fut un familier de la bibliothèque de la Sorbonne, se revanche de tous les tagueurs qui ont assassiné son nom d’auteur avec la lame oblique d’un accent aigu qui le décline en Réouven – car Reouven, nom hébreu équivalent à Ruben, devrait, sous l’aile du Corbeau d’Allan, légitimement se prononcer Roûv’n ! – Fatale tendance de l’illettré à épeler tout mot lu, tu aboutiras, si l’État ne veille à en prémunir nos oreilles par des édits sentencieux assortis de châtiments publics odieux, à des choses comme celle-ci : « Monne petitte Ghéorghe, j’ai sohif, rèmepliss-mohi une verre d’euhahu. »

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