L’épigraphe de Poésies I :

Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l’espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l’orgueil par la modestie.

ne conserve l’allure d’une provocation que si, à s’en tenir aux pages qui suivent, on la confine au plan sémantique. Elle devient programmatique si l’on examine les opérations textuelles effectuées dans Poésies II : il s’agit d’une méthode littéraire dont l’auteur propose l’application à l’ensemble de la littérature négative. C’est le mot mélancolie qui est remplacé par le mot courage, etc. La forme d’abord. Ce qui vaut pour le moins valant pour le plus, on se félicitera, alors, cette fois-ci, que, pour passer des mots aux idées, il n’y ait qu’un pas. Vu l’ampleur du champ ainsi ouvert à la *poésie substitutionnelle (négation de la négation), ses ouvriers ne sauraient être trop nombreux : elle doit être faite *par *tous. À l’égoïsme fiévreux de la poésie personnelle, succède la coordination chaleureuse des efforts des facteurs de la poésie impersonnelle. Il ne faut pas confondre la froideur des maximes avec celle du littérateur. Au lieu d’introduire des sentiments primitifs dans une poésie qui ne ferait, suivant un schéma trop répandu, qu’exprimer nos «états d’âme», nous engendrons en nous les sentiments dérivés par le biais d’une poésie qui synthétise les états de pensée les plus lucides, les sentiments les plus énergiques que nous puissions connaître.

→ Sophie

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