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Si, tel Henri Guillemin dans La religion de Victor Hugo, quelqu’un relève un jour le défi d’écrire une religion d’Isidore Ducasse, il lui faudra bien de l’imagination. On peut disputer si le roman noir des catholiques (tel Lewis) surclasse ou non celui des anglicans (tel Maturin), mais de l’auteur de Maldoror, il serait très arbitraire de prétendre qu’il incline en un sens ou en l’autre : en dépit du patronyme de l’éditeur qu’il s’est choisi, Ducasse ignore (d’une ignorance que le catho *Bloy juge surnaturelle) la Croix des chrétiens. De la religion, il semble se faire une idée très largement œcuménique, les cultes particuliers n’ayant lieu d’être remarqués, incidemment, qu’en vertu de leur pittoresque. C’est ainsi qu’apparaît (V, 6) un prêtre des religions qui, dans la pratique, aurait sûrement bien de la peine à justifier auprès d’aucune église sa vocation au chamanisme universel ; sauf erreur, une queue de cheval aux crins épais attachée (artificiellement, bien entendu) au bas du dos n’est pas l’indice d’une collégialité définie, non plus que cet emblème d’or qui représente les parties de l’homme et de la femme, comme pour indiquer que ces membres charnels sont la plupart du temps, abstraction faite de toute métaphore, des instruments très dangereux entre les mains de ceux qui s’en servent. En revanche, dans Poésies II, les nombreuses références à *Elohim hébraïsent nettement un Dieu, jusque là un peu flou. C’est qu’un propos moral précis gagne à s’appuyer sur les dogmes d’une religion définie, en pratique celle du lieu où le poète exerce. Celui qui juge qu’une religion en vaut une autre (une religion quelconque étant ici nécessaire, pour atténuer la sévérité que porte, dans ses flancs, la morale, aux traits pointés en avant) est naturellement enclin à ne pas se révolter contre celle qui sévit au pourtour de son donjon. Si la religion a un sens, c’est d’abord de réconcilier les hommes autour d’un axe ; si des hommes assassinent au nom d’une religion, c’est qu’elle n’a pas réussi à leur inculquer la signification du mot *amour, première instruction d’une religion digne de ce nom ; ce simple fait suffirait à la discréditer auprès des personnes sensées. On évitera, en conséquence, de faire passer le fretin des vérités d’une religion – c’est-à-dire ses mensonges – avant l’universalité de son sens : l’amour de l’humanité dans son ensemble, envisagée dans la perspective de sa concertation non soucieuse. Il faut admettre que ce problème est d’abord technique. L’*Internet est en train de le résoudre.

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