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C’est dans la pratique de la réécriture corrective qu’a lieu la synthèse de la lecture et de la critique : chacun des termes trouve dans l’autre la garantie de sa vérité pratique. La constitution de l’humanité alphabétisée en classe d’écriture, vrai tribunal correctionnel appliqué à toute littérature passée, présente ou à venir, institue l’organisation des révoltes éparses, enracine la société de l’esprit dans l’action littéraire. Ici s’attestent les conditions pratiques de la conscience, où la théorie du faire naît de la pratique de l’écrire. Cette question centrale de l’organisation symbolique globale des activités regroupées à l’enseigne de la littérature a été la moins envisagée par la théorie littéraire ancienne : héritière du dogme de la vérité unique, cette théorie conservait le caractère unitaire homogène à l’interprétation naïve des textes (qu’elle se proposait justement de réduire à un sens unitaire). En ce lieu d’absence de la théorie, s’entretint, des millénaires durant, la reprise des méthodes de rédaction antiques et hiératiques enseignées à l’école. Les formes d’organisation textuelle développées à partir du refus de cette posture de spécialiste élitiste conduisent, en revanche, à affirmer une théorie plurielle, résolvant en la mosaïque de mille compétences complémentaires, intégrables, innovantes, ce qui naguère ne se formulait que sur le mode perplexe et pugilistique de la contradiction. Cette libération logique de la théorie assure la testabilité pratique de la pensée plurielle qui s’y dessine, quand, par exemple, un tel test s’impose spontanément à travers la controverse des poètes, celle des politiciens ; elle concourt d’ores et déjà à exalter l’anticipation – la volonté – d’une beauté, d’une bonté, d’une équité accrues. Ces formes critiques instables nées de la polémique sont justement le milieu pratique qui manquait à la théorie pour qu’elle se fasse plus que vraie, en intégrant l’imaginaire à ses opérations. Jusqu’ici, cette exigence de la théorie n’avait été formulée que théoriquement (Spencer-Brown). Comprenons aujourd’hui que la maxime révisée suivant Isidore Ducasse n’est pas une innovation de pure logique : elle appelle une circulation poétique définie sur l’ensemble de la société. Ainsi, la première vérité pratique du Cercle des Poètes est son existence théorique comme conséquence obligée de la non-dualité des options. (GD : 90)

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