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Paris 1635 – 1688.

Primera la froideur de la maxime ! Du temps de Quinault, l’on aurait été capable de comprendre ce que je viens de dire. (II : 82)

Il faut citer ici Roland-François Lack (Poétique du prétexte, pp. 117-118) :

« Le choix du librettiste de Lully pour incarner cet âge d’or de la compréhension critique est moins bizarre qu’il ne paraît d’abord. Admiration publique et hostilité critique envers « ce Quinault que Boileau s’efforça toujours de faire regarder comme l’écrivain le plus méprisable » font, aux yeux de Voltaire au siècle suivant, d’une « bonne appréciation » de Quinault un test discriminant pour la critique. « On croyait du temps de Quinault qu’il devrait à Lulli sa réputation. Le temps apprécie tout. » Sans doute Voltaire se trompe, et l’on ne se souvient de Quinault que par ses « livrets d’opéra » ; mais – instruit par « quelques lueurs, éparses […] dans les revues, les in-folios » (II : 82) – Ducasse témoigne d’un sens historique exact lorsqu’il situe Quinault au centre du débat entre moralité et littérature à la fin du dix-septième siècle. Non seulement ce fut le plus grand tragique des années 1660, entre le déclin de Corneille et l’ascension de Racine, mais les « lieux communs de morale lubrique » qui, selon Boileau, prolifèrent dans son œuvre, ont fait de lui l’archétype du poète corrupteur de la moralité publique. Ainsi Bossuet, dans ses Maximes et réflexions sur la comédie :

Songez encore, si vous jugez digne du nom de chrétien et de prêtre, de trouver honnête la corruption réduite en maximes dans les Opéras de Quinault, avec toutes les fausses tendresses et toutes les trompeuses invitations à jouir du beau temps de la jeunesse, qui retentissent partout dans ses poésies. Pour moi, je l’ai vu cent fois déplorer ces égarements. mais aujourd’hui on autorise ce qui a fait la matière de sa pénitence et de ses justes regrets, quand il a songé sérieusement à son salut …

Ce que Bossuet nomme ici des maximes, ce sont des expressions noyées dans le texte de l’opéra, mais qui peuvent aisément en être extraites et citées en règles de vie, si du moins l’on tient l’alexandrin pour simple outil mnémotechnique:

S’il est beau de se vaincre, il est doux d’être heureux…
L’éclat de deux beaux yeux adoucit bien un crime:
Aux regards des amants tout paraît légitime …
Je ne me connais plus et ne suis plus qu’amant;
Tout mon devoir s’oublie aux yeux de ce que j’aime.114

Naturellement, ces banalités n’ont pas survécu pour entrer dans le canon des maximes ; mais ces expressions ont été reprises dans les textes d’auteurs moralement acceptables de l’époque – ceux de Bossuet, par exemple. »

Le nom de Quinault est donc pour Ducasse davantage que le timbre dateur d’une époque de la *poésie où chacun était disposé à considérer la primauté d’une froideur, celle de la maxime, en lui appliquant des critères de *goût de même nature que ceux dont il usait à l’endroit des tragédies, des poèmes, des élégies. Observons, puisque l’heure s’y prête, que la maxime n’est
pas seulement froide, mais sèche, entrant ainsi en opposition simple ou double avec les trois genres cités, le plus souvent chauds et humides (la rosée des larmes chez Phèdre, l’émoi de Polyeucte au recul de l’effet, humectent la mémoire des lycéens), mais l’on cite des tragédies sèches, et aussi mainte froide élégie : la déception du client marque bien ici que c’est un
défaut, et qu’il a droit, il le sait, à une élégie chaleureuse, comme il exigerait une gaufre bien chaude. Sachant qu’à un autre moment il voudra une bière fort froide, il s’ensuit que ni chaleur ni froideur ne sont des valeurs en soi : tout dépend du *genre

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