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Semer de «l’autre» au gré de nos interprétations est une faiblesse qui nous tente à toute heure. Rien n’est plus commun que de confondre la lecture sensuelle d’un texte, d’une image, d’un événement, etc. avec l’obéissance à l’ordre d’un autre, qui nous intimerait de lui prêter attention. Tels :

 

  1. Le cheval de bois heurté, dont un gamin se venge en le tapant à son tour
  2. Le destin funeste, qu’un poète injurie
  3. Le dieu paradeur des religions, pris pour dédicataire des litanies
  4. Le papillon, pris pour deux yeux qui vous fixent
  5. Le mal, pris pour un dieu qui punit, un ennemi empoisonnant
  6. Une phrase d’un livre quelconque, lue comme injonction
  7. Des passants, acceptés pour des juges
  8. Des éclairs dans l’espace, tenus pour des messages
  9. Des effets historiques pris pour les indices d’une conspiration vigilante dont à l’avenir le lecteur aura raison de craindre d’être pris pour dupe – à la limite pour une ruse de l’histoire
  10. Des pubs, prises pour des conseils
  11. Un vit dressé, pris pour index d’un désir (sexuel?)
  12. Une hallucination acoustique, prise pour épouvantail
  13. Une autre phrase du même livre, lue comme « voulant dire » ce que nous pensons y lire (de là à lui associer un auteur, et qui pense, il n’y a qu’un pas)…

Je dis que, s’il est toujours loisible d’interpréter un texte, il est peu séant de prêter à son site originaire les pensées qui sont nôtres, voire d’analogues (car, en dernière analyse, redisons-le avec une philosophie constante et un flegme de bûche, il reste improuvable si la conscience a, ou non, présidé à la confection de ses phrases). Cela rappelle l’aventure posthume de ce vieux communiste, au creux du crâne décervelé duquel, officiant à la morgue, un facétieux carabin fourra, pour le remplir, des pages chiffonnées du Figaro de la veille : étrange compensation, qu’en dites-vous? N’imitons pas ce plaisantin morbide. Conservons le copyright de nos pensées originales. Ne prétendons pas qu’elles furent celle d’un homme que nous n’avons pas connu. Contentons-nous de le plagier avec une grâce suffisante.

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