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Si par postérité d’Isidore Ducasse on entend le disparate ensemble de tout ce qui ne se serait pas écrit sans son intervention, on distinguera :

  • les réactions critiques
  • les imitations ou pastiches
  • les textes inspirés
  • les textes truffés
  • les recherches en sourcellerie
  • les biographies
  • les romans qui prêtent un corps, des aventures a celui qui n’a pas laissé de mémoires.
  • les interprétations
  • les imprégnations
  • les applications.

Commencées avec Calmeau, Bloy, Gourmont, Huysmans, Jaloux…, les réactions critiques ont évolué de l’étonnement admiratif ou de la consternation vers la fascination, puis un souci de lecture plus intégrante (Blanchot). · Pastiche ou imitation, le travail le plus étendu reste Térandros de *Juliot de la Morandière; ce genre est indécent, car il fait éclater la faiblesse des auteurs par l’impossibilité où ils sont de saisir dans toute sa variété stylistique, y compris ses scories, les replis de la prose ducassienne, l’esprit qui l’ordonne. On n’a jamais lu un faux Lautréamont qui puisse tromper le lecteur averti, pas plus qu’on n’a jamais ouï un imitateur aznavourien qui fasse croire entendre Aznavour. · les textes inspirés : Le Traité du style d’Aragon en est le plus bel exemple ancien. · Abondent dès les débuts du surréalisme les textes truffés de citations explicites ou non d’Isidore Ducasse – ce qui témoigne que le truffeur en connaît, plus ou moins par cœur, de larges fragments : Aragon, Bounoure, aujourd’hui Philippe Sollers en ont donné maints exemples; le meilleur chez Sollers est son article sur Madame de Sévigné, repris dans La Guerre du goût. · les recherches en sourcellerie tendent à démontrer qu’Isidore Ducasse a pratiquement tout lu, tout pompé, ce qui est historiquement douteux et logiquement impossible dans le court laps où il sévit; · les biographies présentent l’intérêt de diriger l’attention des aventuriers vers les sites cambriolables où il ne serait pas impensable qu’on mît la main sur quelque mot, page, ou mieux: volume entier de la main du maître-éclusier à la santé de qui nous trinquons; on tient pour le « Graal des ducassiens » le manuscrit des Chants de Maldoror; j’appellerais plutôt ainsi, s’il en était, des dossiers préparatoires de Poésies III, IV, etc.; or, si, comme ce semble, Ducasse a pronostiqué assez précisément le novembre de sa mort, il n’a point dû laisser de telles traces, ses principes étant que l’imperfection doit être rejetée (II:16) et que la perfection rejette les preuves de la métamorphose (II : 46). · Je ne vois pour l’heure que deux romans qui prêtent corps à Ducasse: Isidore, de Jeremy *Reed, traduit en français sous le titre Invention d’Isidore Ducasse; et Voyage au Centre du Mystère de René *Reouven. · les interprétations: elles tentent, comme mystiquement Arpad Mezei et Marcel Jean, crépusculairement Goldfayn et Legrand, indicativement Pleynet, et, plus amplement, plus hardiment, plus ducassiquement et plus impérialistement le présent dictionnaire, la synthèse globale rêvée, impliquant l’intégrale cohérence du corpus; ·de *Dali à nous, les imprégnations – le mot me paraît clair – marquent la force de l’animal, la difficulté de s’en déprendre. · les applications restent rares faute d’une compréhension synthétique globale de la science entreprise par Isidore Ducasse, et aussi, non accessoirement, par le maintien du carcan de la loi sur la propriété littéraire qui – passé 2000 ! – rend illégale une part importante de ces applications (cf. le procès intenté à Hennig à ce sujet, auteur d’une Apologie du plagiat). On produira à l’avenir d’autant plus d’applications – et l’on se réfèrera de moins en moins à l’initiateur – qu’on pourra braver impunément cette loi, ce que désormais permet l’Internet

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