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Manque de temps, au jeu d’échecs (le temps de réflexion de chaque joueur étant minuté sur sa propre pendule). Forcé de jouer rapidement ses derniers coups avant celui du gong qui menace, le joueur en zeitnot adopte nécessairement un style singulier : les spécialistes veilleront à analyser un « zeitnot » suivant des critères qui s’éloignent des principes généraux de la partie d’échecs, censée avoir lieu dans un espace où le temps ne compte pas. Ici le charme de l’anagramme, homogène à celui de la mort ailleurs, n’existe néanmoins pas que pour les courageux. Ce mot ZEITNOT a l’avantage de désigner la situation de plusieurs grandes parties de mathématique, de littérature. Les vingt pages de la lettre finale d’Évariste Galois à son ami Le Chevallier (scandée de marginaux « je n’ai pas le tems »), les 159 alinéas de Poésies II de Ducasse, portent clairement la marque du zeitnot. La saccade des paragraphes, le staccato des mesures, la plénipotence de l’œuf avide de tout contenir, le bâclage de l’impression, le soudain insouci du lecteur (Bah ! Lis tout !), du calculateur (qu’est-ce, trois ?) sont d’évidents indices du zeitnot ducassien. La décompression des fichiers, idem le développement des maximes sont, quant à ce problème connu, les préliminaires incontournables d’une reconstitution des traces devenue condition préalable à une restitution du propos.

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