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Upham (Hants), 1683 – Welwyn (Oxfordshire), 1765.

Le recueil le plus connu de ce prédécesseur d’André Franquin est Night-Thoughts on Life, « Idées noires sur la vie », littéralement Pensées de la nuit [sur la vie], plus communément Les Nuits. Il ne conçut pas pour se consoler l’idée d’un Gaston Lagaffe anglais. Fils de pasteur, longtemps poète prétendant, il s’attacha au duc de Wharton (le « Lorenzo » dédicataire des Nuits). À 48 ans, après bien des essais malheureux comme poète de cour puis comme tragique (Busiris, King of Egypt, 1719 ; The Revenge, 1721) et comme satirique (The universal passion, recueil paru en 1725) – Pope lui trouvait plus de génie que de sens –, Young se fit à son tour pasteur et épousa une jeune aristocrate, Elizabeth Lee, avec qui il connut dix ans de sérénité à Welwyn. À la mort de celle-ci en 1741, succédant à celle de leur petite fille phtisique Eliza (la Narcissa des Nuits) en 1736, il sombra dans une mélancolie religieuse qu’il harmonisa dans les quelque 10000 vers non rimés et d’une prosodie irrégulière formant les Nuits (The Complaint, or Night-Thoughts on Life, Death and Immortality, 1742-45), causes de beaucoup de *migraines (I : 11) pour le sensible auteur des Poésies. Des Nuits datent en littérature le goût des ruines et la volupté des larmes (rare point d’accord avec les Nuits, Poésies II place la croyance en l’immortalité de l’âme au fondement de la morale ; mais, sans l’adjuvant des méditations funéraires). Le succès des Nuits, fleurs maladives du pré-romantisme anglais, gagna toute l’Europe : *Klopstock, Diderot, plus tard Mme de Staël et bien d’autres en firent les plus vifs éloges ; même *Sade entonne ses Crimes de l’amour par quatre extraits des Nuits ; *Chateaubriand, bon connaisseur, juge en revanche Young *poseur et pesant. Sa gloire tardive ne toucha guère le vieux poète, qui mourut à 82 ans sans avoir quitté sa retraite.

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