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. Titre d’un essai lyrique de Victor *Hugo paru en 1864 chez Lacroix et Verboekhoven en préface à l’édition (dite du tricentenaire) de la traduction du Théâtre complet de *Shakespeare par François-Victor Hugo (ses quatre cents pages en comptent moins de vingt réservées au Grand Will). Dans ce livre, que son prospectus présentait comme « le manifeste littéraire du XIXe siècle », André *Malraux dans l’Intempore[1]l salue « la seule théorie puissante du romantisme français » ; moins chaud, l’historien littéraire Jacques Vier[2] raille cette mixture critique où fraternisent l’épopée et la satire [et qui] jalouse un peu trop parfois la syntaxe axiomatique de Joseph Prudhomme (quasi texto l’avis de Faurisson sur Ducasse). Six ans après, en 1870, Poésies I est d’un style qui, en condensé, rappelle aussitôt celui de ce texte – discours de jugement dernier obombré d’Henri Monnier –, sauf le venin, plus craché, et le décalage inhérent à la distanciation d’un art formellement correctionnel, où l’emphase concourt à une vacillation propre à faire osciller toute assertion autour d’un centre de véracité crue. À l’époque, le livre d’Hugo, vital, suscita des remous ; Barbey, comme d’habitude, juge Hugo fou ; « Gautier en est fort troublé, ne sait plus ce qui est bien »[3] ; et Mallarmé vilipende le chapitre « déshonorant », plein d’« infamies immortelles » sur « Le beau serviteur du vrai »[4]. C’est justement cette revendication d’utilité que reprennent à leur compte les Poésies, dans un registre autre et avec des moyens de nature à terroriser quiconque use d’une plume payable, s’imagine des droits sous prétexte qu’il s’autorise à signer, ôte aux gens du peuple le moyen d’user comme leurs de ses énoncés, bref se prend pour lui. Comme celle de *Lamartine, la prise de position alors « récente » – six ans – du sexagénaire Hugo n’est pas mentionnée dans les Poésies, qui concentrent le gros de leur critique sur des textes d’avant 1840 (visant Hugo, une mention du couple de l’Homme qui rit – Gwynplaine et Dea – fait exception). Cela ne signifie évidemment pas que Ducasse n’a pas lu l’essai d’Hugo : sûrement qu’il l’a lu puisque – Hugo étant d’évidence en France son auteur élu – il était, en plus, familier de la librairie d’en face, chez Lacroix, où il feuilletait ce qu’il trouvait, avant, peut-être, d’aller pour de bon lire cela ailleurs, au chaud, dans quelque bibliothèque publique (car Isidore ayant des frais, sa « confortable », comme dit quelqu’un, « pension » ne lui permettait pas d’acheter tout ce qu’il remuait comme bouquins). Ne pas mentionner William Shakespeare, c’est suggérer qu’en premier look il n’y redisait guère. Dans le casse-pipe multinomial de Poésies I, n’être point nommé vaut coup de chapeau.


[1] «C’est avec William Shakespeare, qui n’est pas consacré à Shakespeare, et que personne ne lit, que paraîtra la seule théorie puissante du romantisme français.» L’Intemporel, p. 13.

[2] Encyclopédie de la Pléiade, 1958 : Histoire des littératures III, p. 1188

[3] Goncourt : Journal, 21 avril 1864

[4] Mallarmé, lettre à Cazalis du 25 avril 1864.

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