Étiquettes

, , , , , ,

(Amiens 1828 – G 1905)

Dans un article du Cahier Lautréamont 1996/1, n° XXXVII-XXXVIII pp. 17-18), Jules Verne et la fameuse courbe « du chien qui suit son maître », Jean-Paul Goujou met en évidence un passage de chapitre XI de La Jangada – Huit cent lieues sur l’Amazone (1881) où Jules Verne, douze ans après Lautréamont, mentionne la courbe du chien :

Fragoso n’avait ni grosse caisse, ni tambour, ni cornet à piston, pour attirer les clients, pas même de voiture à cuivres brillants, à lanternes resplendissantes, à panneaux ornés de glaces, ni de parasol gigantesque, ni rien qui pût provoquer l’empressement du public, ainsi que cela se fait dans les foires ! Non ! mais Fragoso avait son bilboquet, et, comme ce bilboquet jouait entre ses doigts ! Avec quelle adresse il recevait la tête de tortue, qui servait de boule, sur la pointe effilée du manche ! Avec quelle grâce il faisait décrire à cette boule cette courbe savante, dont les mathématiciens n’ont peut-être pas encore calculé la valeur, eux qui ont déterminé, cependant, la fameuse courbe « du chien qui suit son maître ! »[1]

Alors que Ducasse mentionne correctement le titre du Mémoire original (preuve évidente que non seulement la courbe mais le titre du texte initiateur de son étude lui est connu), Verne, avec sa « fameuse courbe » paraît référer de façon fluide à un objet aussi répandu que le folium de Descartes ou la cissoïde de Dioclès, courbes que tout élève de math. élém. croise au chapitre des courbes remarquables. La question est dans quelle mesure Verne écrit ce « fameux » par antiphrase (le faraud Fragoso semble suggérer « fameux chez Nous autres, savants »). La brochure d’Aimé *Dubois mise à part, il n’a pas dû manquer d’ouvrages mathématiques pures ou pittoresques pour signaler une création d’un intérêt pédagogique évident puisque, partant d’une observation commune, on forme un objet abstrait qui lui associe un algorithme immédiat. N’ayant sans doute jamais eu vent du texte original signé « Dubois-Aymé », Jules Verne a pu voir mentionner la courbe du chien en quelque volume de Récréations mathématiques comme il en fleurit tant après le succès du livre de Jacques Ozanam au XVIIIe siècle. Que Ducasse l’ait, lui aussi, rencontré dans un tel ouvrage n’est pas à exclure, mais l’hypothèse a peu d’intérêt puisque, d’un élève de mathématiques élémentaires ou spéciales, le passage par l’étude de courbes singulières est obligé, et qu’au moins un temps, cette courbe, qu’on la nommât « du chien » ou « de poursuite », fit la joie des amateurs, des profs de maths, l’ennui parfois de leurs auditeurs.


 

[1] La Jangada, Le Livre de Poche, 1967, p.147 – ou mieux : http://jv.gilead.org.il/selva/12.html

Advertisements