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alias DOLORES VEINTIMILLA DE GALINDO]

Quito 1829 – Cuenca 1857.

Poétesse équatorienne morte à vingt-sept ans dans des circonstances mal élucidées, liées à des ragots dont elle se navre en ce poème parmi d’autres:

A MIS ENEMIGOS

¿Qué os hice yo, mujer desventurada,
que en mi rostro, traidores, escupís
de la infame calumnia la ponzoña
y así matáis a mi alma juvenil?

¿Qué sombra os puede hacer una insensata
que arroja de los vientos al confín
los lamentos de su alma atribulada
y el llanto de sus ojos? ¡ay de mí!

¿Envidiáis, envidiáis que sus aromas
le dé a las brisas mansas el jazmín?
¿Envidiáis que los pájaros entonen
sus himnos cuando el sol viene a lucir?

¡No! ¡no os burláis de mí sino del cielo,
que al hacerme tan triste e infeliz,
me dio para endulzar mi desventura
de ardiente inspiración rayo gentil!

¿Por qué, por qué queréis que yo sofoque
lo que en mi pensamiento osa vivir?
Por qué matáis para la dicha mi alma?
¿Por qué ¡cobardes! a traición me herís?

No dan respeto la mujer, la esposa,
La madre amante a vuestra lengua vil…
Me marcáis con el sello de la impura…
¡Ay! nada! nada! respetáis en mí!

En voici une faible traduction :

À MES ENNEMIS

Que je vous ai- je fait, malheureuse femme,
Pour qu’à ma face, traîtres, vous crachiez
Envenimiez la calomnie infâme,
Ôtiez la vie à ma jeune âme ?

Quelle ombre a pu vous rendre insensé?
Quel démon des vents a condamné
Aux lamentations mon âme affligée
Aux larmes mes yeux? ah dieu !

Quoi? envier, jalouser ce qui embaume
Les douces brises du jasmin?
Quoi ? jalouser l’oiseau qui entonne
Son hymne au soleil brillant du matin?

Non! mon signe au ciel persiste !
Me voyant si triste et malheureuse,
Pour adoucir ma disgrâce il m’a aurée
D’un gentil rayon d’or chaleureux!

Pourquoi, pourquoi voulez-vous que j’étouffe
Ce qui ose vivre en ma pensée?
Pourquoi tuez-vous la paix de mon âme?
Pourquoi, lâches! m’attaquer par traîtrise ?

Aucun respect envers la femme, l’épouse,
La mère aimante ! De votre langue vile
Vous la flétrissez comme impure
Ah! rien! vous ne respectez rien en elle !

Dans la suite cosmopolite de poètes (I : 27) composant comme un zoom-arrière sur le *mal du siècle décrit en extension comme théorie de noms (« le suicide de Dolorès de Veintemilla, les yeux sanguinaires de *Zorilla »), le nom de Dolorès – douleur – flambe comme l’emblème de la poésie d’Amérique méridionale. L’Enciclopedia Espasa-Calpe stipule que, victime d’une passion « qu’elle alimenta au cours de l’absence de son mari » par le poison qu’elle absorba elle périt. (C’est *Faurisson qui, en 1971, identifia la suicidée jusqu’alors restée mystérieuse.) Comment Ducasse sut-il le nom d’une femme de lettres inconnue en France, et dont la presse, en Équateur même, ne commença à parler qu’en 1870?

Vit-il http://ecuadorliteratura.homestead.com/files/poesia/doloresveintimilla.htm?

Pourquoi, par la position qu’il lui donne entre « le poète de la Pologne » et celui de l’Espagne, ériger cette inconnue en fanion de la poésie du continent qui le berça ? Quel accès a-t-il pu avoir à des poésies réunies seulement après sa propre mort ? Signe, en tout cas, quasi certain du maintien d’une liaison assez intime avec la culture latino-américaine, cette référence confirme, sur le plan affectif, la récurrence de l’image de la *mère, Jaquette *Davezac, morte au même âge et en qui une rumeur, sinistre autant que pichonesque, veut voir une autre suicidée. En quelque sorte, à travers ce nom féminin sonore, le Montévidéen s’honore lui-même en tant que le rejeton menacé de la poésie en péril.

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