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On dit que les biographes n’en ratent pas une. C’est faux. Ils ont peu commenté, ou point, le curieux détail contenu dans la phrase : Il est temps de serrer les freins à mon inspiration, et de m’arrêter un instant, en route, comme quand on regarde le vagin d’une femme (II, 16). Ceux qui s’arrêtent pour fixer un tel objet, sans en exclure la méditation qu’il initie chez les philosophes (on sait ce que leur file ose aux filles), ne sont pas légion, surtout en poésie. Excluons d’emblée l’hypothèse la plus facile – savoir, que notre héros possédât, sommeillant derrière la tenture mauve de son lit à baldaquin, une personne du sexe dit beau – quelque cigaretière par exemple, prompte à lui en rouler une – les cuisses convenablement disjointes au premier claquement de doigts, comme pour un examen de la gynécologie, et présentant cet orifice typique à la lumière rasante (mais, les poils n’en souffriraient pas) de la bougie que, vers les six heures du matin, approcherait de lui le Montevidéen aux doigts encrés. Car, lorsqu’un intérêt nous amène à garder, chez nous, quelque porteuse de vagin, il est bien rare que nous nous contentions d’examiner froidement la fente fatale : bien plus fatal est-il que, dardant soudain notre calibre 22, nous le plongions, la tête la première (mais nul n’ignore plus, grâce à la science, que cette primauté est la seule permise par la géométrie des organes), d’un coup ferme et décidé, au plus profond de la chaleureuse moiteur muccale de ce réceptacle vanté. Cette scène curieuse, mais trop idyllique, n’est pas dans le style des garnis du père Dupuis. Il n’est, en fait, aucunement question, dans cette phrase, d’une femme en tant que telle, et chacun sait au reste quelle difficulté il y a, une femme étant donnée, à la persuader de se conduire en sorte que son seul vagin occupe la totalité de l’espace sémantique ambiant, quand le méditant l’enjoint de ne le troubler d’aucune intrusion de langue ni de geste. Comme eût dit Joseph Rouletabille : si la femme ne se manifeste pas, c’est qu’en réalité elle n’y est pas. Or, en dépit de la poésie, et supposé même que nous disposions d’une indigène du Sheshire, il est inhabituel qu’un vagin tout seul se fasse la *malle, au mépris de sa propriétaire légitime. Il faut donc qu’une circonstance l’y ait amené. Qu’est-ce qui peut conduire un vagin à se conduire de la sorte ? – Il a fallu que, préalablement découpé avec soin (en suivant le pointillé) sur un cadavre récent, il ait été plongé dans le formol, et introduit en douce chez l’homme aux lèvres de bronze. Voilà, certes, un nouvel indice plausible que cet amant des mathématiques fut un temps, tels jadis Sainte-Beuve, Musset ou Renan, un probable *carabin. De plus, la précision vagin d’une femme ne prend son sens qu’immergée dans le paradigme où s’impose, en parallèle, l’éventualité des substantifs adolescente et fillette. (L’hypothèse de la considération, tout allusive, du vagin d’autres femelles de mammifères – et je ne dis rien des autres ordres vaginés – n’apporterait rien à notre démonstration). Tandis qu’une femme d’âge mûr est, en bonnes probabilités, assez menacée de disparaître pour être décédée à point nommé, et assez réfléchie pour avoir songé à léguer son vagin à la science (je préfère supposer un don volontaire, quoiqu’il fût fréquent qu’un collectionneur de touffes n’y regardât pas de cyprès) : certes, cette sympathique défunte ne pouvait soupçonner que ce serait la poésie qui bénéficierait de la bénédiction sacrée de cet organe touchant, qui ne pouvait plus servir que de base à une méditation aurorale, après que sa mise au bocal l’ait conduit à trôner dans la chambre d’Isidoro, solidement, sur la cheminée (site moins exposé aux renversements désastreux), juste à côté d’une mignonne pendulette à coucou. Même l’imaginatif et reconstitutif Soupault avait négligé cela.

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