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Le vrai, le bon, le beau sont pour *Cousin les sommets du triangle des vertus (il publia en 1836 un livre sous ce titre). Cette trinité tire son intérêt de la conjonction paradoxale de l’évidence de ses termes et de la hardiesse du pari qui consiste à en poser l’indépendance, au moins dans l’espace stratégique où la philosophie les campa. Sous la banalité couve ici le scandale : tous les jours, nous oyons des âmes naïves s’indigner qu’on puisse soutenir qu’une vérité doive être tue : d’être vrai, un fait ne jouit-il pas des droits nécessaires et suffisants à être publié ? Tout un journalisme n’a d’autre objet que de produire ainsi des « révélations » amenant au jour des choses qu’avec d’excellentes raisons d’autres s’étaient appliqués à garder secrètes. Pour les modernes,  le secret appelle le viol : parce qu’une fille masque son sexe, faut-il dire qu’elle en propose la facile énigme à la pénétration des investigateurs? Pour que cela fût, il faudrait que vérité valût bonté : ce qui n’est point. Quant au beau, jadis objet de l’art, nous savons que si tout le monde utilise encore aujourd’hui cette épithète, au chorus font exception les artistes, révoltés à l’idée qu’on leur impute une recherche aussi banale. C’est dire que, du beau au bon, l’écart est très bien admis. Ce n’était encore guère le cas du temps de Victor Cousin, ce que manifeste bien la valeur de provoc du slogan prêté à son contemporain Victor Hugo (« le Beau, c’est le Laid »). Nous avons eu depuis d’autres triades. Ainsi, de Lacan, le triplet RIS, où R est le réel, I l’imaginaire, S le symbolique. Il ne faut pas y réfléchir longtemps pour apercevoir,

  • sous le symbolique le registre de la vérité,
  • sous l’imaginaire le registre de la beauté (ordinairement fallacieuse, bien entendu, comme tout ce qui tient au moi en freudisme bon teint),
  • sous le réel le registre impératif de la morale, requête d’un bien qu’on n’ose plus nommer, mais qu’on ne se prive pas de pointer par carambolage, par révérence à la loi.

Lacan est du reste très conscient du caractère inévitable, partant profondément banal, des catégories dont il use. C’est d’un décalage réfléchi à une triade ancienne qu’il construit les siennes. Voilà pourquoi il recourt à ce que j’appelle de petits zodiaques, ces « quadripodes » dont on n’a pas assez bien décrit, à mon avis, l’usage. Zodiaques, pourquoi ? Parce que le plus fameux système de ce genre (le plus compliqué aussi) est celui dont on use pour les horoscopes : douze places – les maisons ou secteurs – auxquelles viennent se superposer (non exactement) douze valeurs – les signes – occupés par les dix astres bien connus. Point d’astres chez Lacan, mais bien quatre places ou lieux (celui de l’agent, celui de l’Autre, celui de la production et celui de la vérité) que viennent pondérer quatre valeurs – les signes $, S1, S2, a. Or, comme en astrologie chaque maison se trouve  » en résonance  » avec un certain signe (qui est par ailleurs le  » domicile  » d’une certaine planète), de même chez Lacan chaque lettre est accordée au départ avec un certain lieu : le sujet $ avec le lieu de l’agent, le signifiant-maître S1 avec celui de l’Autre, le savoir S2 avec celui de la production et le jouir a avec celui de la vérité.

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